| |
| Merci à Robert Guillerault , Christian Piednoir, chillartist.de et James L. Frachon pour les photos. |
- Loreley, "rendez-vous intime"
- À pas de géant
- Tous mes amis...
- Du bus aux gradins (diaporama)
- Solar Moon System
- Full Moon Loreley (par Tom Dams)
- Le Rêve mandarine (diaporama)
- Edgar Froese est là devant moi
- Un instant de grâce
- J'ose à peine croire
- À ma place (diaporama)
- Un moment d'intimité
- La Sirène de Loreley
- Une poussière d'étoiles
- Encore !
- Rheingold...
- À bientôt...
|
Bonjour à tous ! Ouf ! que ça fait du bien de prendre un bonne douche au lever du soleil, de croquer une pêche, d'expirer et de se rappeler avec volupté et gourmandise de ce que nous venons de vivre : un tel périple pour une telle apogée. Tout le monde maintenant rentré dans sa routine, peu à peu la vie reprend ses droits. A t'on vraiment été là bas? A t'on avalé tous ces kilomêtres? A t'on vraiment vu ce vaisseau spacial atterrir sur cette colline du Rhin ? A t'on vraiment entendu cette musique magique ? N'a t'on pas imaginé, créé de toute part ce couple d'une soirée ? La suite va nous le confirmer...
Vous êtes très nombreux depuis mon retour à me presser de questions, à trépigner d'impatience. Faute de n'avoir pu venir rejoindre le CosmicBus, bienvenu dans le Cosmiccagibi ! Entrez tous, c'est pas très grand mais ça va le faire... hum... Bon tout le monde est là... allez on commence...
|
|
 |
Loreley, "rendez-vous intime"
Aux premières lueurs du ciel, zébré d'un rose surnaturel, je ne savais pas comment allait se passer cet avant week-end. Je n'avais eu que quelques nouvelles éparses et informatives de la part de Michael Schmitz (le manageur de K. S., mais aussi Tour Manager de Tangerine Dream et K. S.). Je savais que la limite des 120 heures était passée... Cette limite n'est pas pour vous synonyme de souffrance, de panique même, mais pour moi oui ! 120 heures me séparaient de celle du début du concert prévu le 6 avril dernier, à la Cigale, lorsque j'appris avec effroi la terrible annulation. Traumatisme non jugé à l'époque, mais j'ai pu en prendre la mesure vraiment sur ce coup-là, croyez-moi.
Organiser un voyage impliquant cette fois-ci 20 personnes, une location de bus, une réservation de chambre pour le chauffeur... Un tel déplacement pour une annulation... ce n'était pas envisageable.
Toute cette organisation basée sur la prestation d'un artiste encore malade est une gageure pour les nerfs. Klaus en concert est un pari pour quiconque oserait s'y lancer... je risquais plus gros encore qu'au primtemps. Personnellement il en allait de mes euros (réservation du voyage...) et si Klaus avait annulé à nouveau, la culpabilité aidant vous m'auriez en plus pris pour un bouffon utopiste d'organisteur rêveur. Mais non... rien de tout cela... les heures s'étaient écoulées et la lumière d'un rose nacré qui se levait sur ma belle campagne bordelaise était porteuse d'espoir. Les heures d'angoisse étaient loin derrière. J'imagine d'ailleurs, pour me rassurer, que ce fut l'une des raisons qui ont fait que même des férus, des fans de base, ne se sont pas jetés sur les places vides de notre CosmicBus... Le traumatisme est bien là chez vous aussi et je peux le comprendre.
Les absents ont eu tort, comme toujours
Toujours est-t'il que, bref ! Les absents ont toujours tort ! Et une telle soirée ça se mérite. Celui qui a fait le plus de kilomêtres pour nous rejoindre fut Frédéric Tallieux (Marseille -Bordeaux). Pas très loin derrière nous avons Jean-François Astier, venu de Foix...! Après c'est plus raisonnable : Bordeaux, St-Brévin, Brive La Gaillarde, Caen et Rennes. L'excitation, la stimulation du groupe, le besoin d'expression et de partage étaient palpables. Des vrais gosses à la rentrée scolaire... |
Enfin, trouver un alter ego qui saura nous comprendre, tel un écho de notre propre passion pour cette musique et... ce bonhomme : K. S. Les personnes de nos entourages respectifs se demandent bien ce qui à notre âge peut provoquer autant d'attentions, d'énergie, de culte et d'amour pour un musicien. Celles présentes dans notre CosmicBus étaient toutes liées par la même passion, tendues vers le même désir, le même espoir. Et cette fusion fut une réussite. Il n'y aurait pas eu de concert, la mayonnaise aurait quand même bien pris. Je comptais mes amis à chaque arrêt, et à chaque redémarrage du bus je m'imposais le même rituel avec un regard complice et gourmand, connaissant une part de l'histoire de chacun. J'étais le lien, la personne qui connaissait le mieux chacun d'entre eux, et j'en étais donc en partie responsable. Ils sont tous venus pour Tangerine Dream et/ou Klaus Schulze. Pour une bonne moitié c'était la première fois qu'ils les verraient en live, les autres les auront vus maintes fois. On peut donc facilement imaginer que l'ambiance était agitée et bavarde. Avec en plus cette sensation d'une apogée qui approchait au fil des kilomêtres avalés par Victor, notre cher chauffeur. Merci Victor ! Il a du mérite le gars... se taper 1500 kilomètres en compagnie d'ados de 50 balais, avec en fond sonore des sons bizarres... Victor : Moi je connais Pink Floyd ... Oui c'est cool ça ! On m'a dit à la compagnie de bus que c'était eux que vous alliez voir..." Sacré Victor : il aime Pink Floyd ! Mais lorsque nous avons mis un DVD avec Carefull with that Axe Eugene et Cymbaline... Ouh la c'est pas du Pink Floyd du tout ça Olivier !...
Le paysage devenait de plus en plus vert, dans le bus passait le DVD de Dreamwatchers Vol 7, avec certains de mes amis dessus : Nightbirds, Olivier Briand, ADN Chrystal-Doktor Strange, Olyam, Darklion... et une anecdote... : Alpha Lyra est sur ce DVD... Or, une des personnes voit défiler le menu du DVD et remarque les noms des musiciens. Il connaît Olivier Briand et c'est un ami de Bertrand Loreau. Il était lecteur du K. S. Mag. Mais ce qui l'interpelle à ce moment-là c'est Alpha Lyra ! Je connais ce nom... mais où ai-je vu ça ? La musique inonde l'habitacle confiné du véhicule fendant l'air teuton. "Olivier, c'est qui déjà Alpha Lyra ?..." Tu aimes ? C'est un bon musicien français. Tu sais il a déjà composé à la fin des 70's mais sans rien produire. Il s'y est remis suite à une piqure de rappel que je lui ai faite lors de mon Close Encounters 2 à Libourne... "Oh je pourrais commander son disque alors sur ton catalogue ?" "Oui, et je pense qu'il y en a même dans le bus ! Et il pourront t'étre dédicacés... puisque Alpha Lyra est dans le bus : c'est Christian Piednoir !
Le monde est tout de même petit. Olivier Briand aurait été là ainsi que RV des Nightbirds + Yannick Edom et Erick Moncollinet c'était la fête au village, tant leurs titres furent appréciés.
Le voyage finit dans une légère angoisse mélée d'excitation pour quelques-uns d'entre nous. Existe-il bien un pont entre les rives gauche et droite du Rhin, à Binken ? On est bon sur le timing, il est 15 heures, notre GPS indique la route à prendre et nous sommes d'accord avec lui, même notre GPS humain en la personne de Jean-Philippe Jamet à qui l'on doit un décryptage parfait pour nous conduire au dépôt dans une banlieue glauque au petit matin, il y a quelques heures de ça. Nous sommes accrochés à lire la carte, espérant pouvoir passer le fleuve bouillonnant qui coule vivement entre les deux pans de montagne, couverts de vigne à 45° d'inclinaison (pensée à ma chère Marie). À chaque nouveau détour un château médiéval somptueux. Ils sont plus beaux les uns que les autres mais que dalle : point de pont. Il nous faudra prendre le ferry mes amis... Rigolade, décontraction en apprenant la fréquence de passage du ferry. Puis arrivée sans heurt en haut d'un piton rocheux. Des campeurs partout. Le chauffeur nous dépose puis retourne au village en contre-bas, pour un repos mérité.
|
|
Nous sommes parmi les premiers devant l'imposante grille du lieu. Un grand escalier, rappelant les marches des temples de Teotihuacán au Mexique et celle d'un opéra à ciel ouvert. Elle sont larges mais assez serrées les unes aux autres pour monter un flan de butte plutôt abrupt, seule façon pour le public d'accéder au site.
Une fois passé les bracelets (voir le joli souvenir ci-contre) et dans une ambiance détendue, nous nous faufilons dans la foule clairsemée qui se forme peu à peu devant les grilles qui nous séparent de la scène. Nous profitons moi et Florent (le fils de Alpha Lyra - vous suivez : c'est qui Alpha Lyra ?) de l'attente pour distribuer nombre de flyers pour le Festival Crescendo au mois d'août (avec Turzi et Hawkwind !). Réactions chaleureuses d'un public en majorité allemand.
Les grilles s'ouvrent... Montée des marches à pas de géant pour Michel car il veut absolument être au premier rang (il est TOUJOURS au premier rang !). Objectif atteint ! Il nous gardera des places... (c'est fort quand même d'en garder pour 20 personnes, avec des mots super gentils jetés aux alentours)... C'est un magicien ce Michel.
|
 |
Tous mes amis sont là (les absents aussi, dans mon cœur)
Visite rapide des stands présents sur place, rencontre avec Lambert Ringlage de chez Spheric Music, Ron Boots de Groove Unlimited, des connaissances du Cosmiccagibi et autres forums. Stefan Schönhof-Sadelkow s'approche de moi et me salue, il m'a reconnu ! C'est un vieux lecteur de Rubycon, comme Philippe Thomas, un des lecteurs belges que j'ai eu la chance de rencontrer là-bas aussi. Ensuite Greg Allen (auteur américain du nouveau livre sur Schulze) puis Neil, grand fan de Tangerine Dream et de Hawkwind. Échanges, rencontres. On a retrouvé Robert Guillerault et Alain Ragage, des amis de Bordeaux qui furent aussi de notre virée de fous pour aller voir Rammstein à Nîmes ! Regard rapide sur les stands de bouffe très garnis (de la même chose, mais en quantité). Pas d'argent à dépenser dans les disques car, comme à chacun d'entre nous, ce voyage m'a couté 200 €. Pas d'écarts à faire ! Et le plaisir n'est plus dans la consommation mais dans l'offrande. L'offrande que vont à leur tour nous donner les artistes. On est là pour ça.
|
|
| (cliquez sur une vignette ! Le diaporama lancé, cliquez sur les images - à droite ou à gauche - pour avancer/reculer) |
      |
| © CP |
Voyons un peu que je vous explique comment se présentent les lieux... Imaginez-vous un amphithéatre romain, visualisez-vous le théatre magique de Orange - écrin pour de nombreux spectacles de chants lyriques uniques et aussi de concerts de Rock (notamment Tangerine Dream en 75. En 76 un concert de K. S. était prévu, mais le clash entre Virgin et Klaus annula l'évènement.).
Donc, un arrondi parfait. On va dire un tiers de cercle avec en point de fuite en bas : la scène couverte d'une épaisse toile blanche comme la lune. Que vous soyez au 30ème rang (placement idéal point de vue accoustique comme le dit Robert Guillerault) où encore au dernier où derrière l'équipe de French Fans, on y voyait très bien. La personne devant vous était plus bas et les marches suffisamment larges pour étendre vos jambes. Par contre question confort c'est catégorie spartiate. Car non seulement c'est du granit mais en plus pas vraiment régulier. Ceci dit, les gens ont tenu bon, assis juqu'au début de l'installation de la scène de Tangerine Dream. Là nous nous sommes levés, collés aux barrière (Michel le premier !). Le rang derrière nous a fait de même. Les autres sont restés assis.
Le site est plongeant... on a une sensation de chute vers un fond vu de tout en haut, car après les gradins il y a une déclinaison d'herbe rase qui permet d'accueillir des milliers de personnes. Plus on monte et plus c'est large évidemment puisque c'est en arc de cercle... vous suivez ? bien...
En haut se trouvent les stands, les barraques à frites et autres débits de bières, bien situés près des toilettes, pour ne pas que le teuton de base ait trop à se déplacer entre ces deux lieux stratégiques majeurs. À noter les gobelets pour la bière : ils sont solides et... consignés ! Du coup aucun ne traîne au sol. À la fin du concert les gradins étaient propres. Redoutable efficacité allemande.
Je passe sur les deux groupes de prog... (Hipgnosis et les suisses Isildurs Bane) pas vus, je discutais avec passion avec des gars de Crescendo et des journalistes français de renom. Yo Benoit ! Les seuls moments où je me suis intéressé à eux c'était pour me moquer un peu de la fille avec son mégaphone. Mais il faut comprendre que la pression montait au fur et à mesure. Et puis, je l'avoue, autant je peux être sympa et ouvert quand j'aime, autant je suis abject et d'une mauvaise foi sans nom quand je n'apprécie pas. Et c'était le cas. Nobody's perfect.
|
|
Solar Moon System est un groupe à géometrie variable. On y a vu chanter Razoof, à l'époque de la collaboration avec Klaus Schulze dans les albums de la Contemporary Works Vol. 1, mais aussi et surtout Thomas Kagerman, excellent violoniste, charismatique, cheveux longs et salopette rouge. De beaux effets et un toucher très souple. Le groupe est là en ouverture, il est 16 h 15, leur rôle n'est pas facile, le public étant plus occupé à saluer, échanger des politesses ou des "bootlegs" du Dream.
Ils vont distiller une ambiance Lounge qui aurait peut-être mieux convenu à une fin de soirée, comme on sirote un digestif après un repas copieux. Avec la brise du Rhin dans les cheveux... idéal ! Leur musique est emprunte de douceur, de finesse, mais là, dans ce lieu gigantesque, elle semble peu expressive. Ce serait parfait pour un repas en amoureux... Je suis de tout cœur avec eux dans ces moments de quasi solitude. Eux sont des pros, ils n'en souffrent apparemment pas. Simone, la jeune femme au chant, et Tom Dams, le gars au look très dandy, ne sont autres que les Germaniacs, grands amis de Schulze et initialement programmés en première partie de K. S. à La Cigale. Tom est aussi l'ingé-son de Klaus et ce depuis maintenant un petit bout de temps. C'est à lui que l'on doit le très beau travail sur Moonlake mais aussi Kontinuum et Farscape. On voudrait le féliciter aussi pour le son époustouflant du concert de Schulze, dans quelques heures maintenant... Ma fille Marie, qui est en formation d'ingé-son en ce moment, aurait elle aussi mérité d'entendre et de vivre le son de ce concert de Schulze et Lisa. Pour le moment le son est assez bas, tout en douceur. On y retrouve pas mal de titres de l'excellent et indispensable Logbook, album paru en 2000. Puis aussi le morceau Let the rain come, sur l'album Docking ! Un pur bonheur. Un avant-goût du paradis à venir...
|

© CP
|
Full Moon Loreley - a beautiful day & night ’of the Progs’
Par Tom Dams [ texte inséré ici à sa demande. Merci à lui ! La version anglaise est sur le blog des Germaniacs.]
Ouf. Je crois bien que je pourrais dormir deux jours complets... je suis rentré de Loreley la nuit dernière et, au final, ce fut un voyage de quatre jours. Pour ceux d'entre vous qui ne sont pas "au parfum" : le festival "Night of the Progs" avait comme invités, parmi beaucoup d'autres, Tangerine Dream, Klaus Schulze + Lisa Gerrard, et Solar Moon. Tous ont joué jeudi dernier sur la célèbre scène en plein air de Loreley, avec vue superbe et imprenable sur le Rhin et, qui plus est, il n'a pas plu ! Quelle chance !
Alors, comment c'était ? Eh bien... peut-être un peu trop formidable pour pouvoir le dire avec des mots. Cela semble contradictoire ? Oui, c'est vrai. Mais c'est la vie. Mes responsabilités pour ce jour en particulier n'étaient guère moins que... cinq : 1) être le technicien de scène de Schulze ("... et n'oublie pas de réparer le Minimoog de 1968 avant le concert !"), 2) être celui qui contrôle la qualité du son de Lisa ("s'il vous plaît, pouvez-vous faire en sorte que j'ai plus de réverb sur mes retours ?"), 3) m'assurer que tout le concert soit enregistré correctement car il était également filmé pour une sortie en DVD et, 4) m'occuper du mixage et de la gestion de scène de Solar Moon. J'oublie quelque chose ? Ah, oui : 5) jouer mon propre concert de Solar Moon, tout simplement. Je me suis débrouillé je ne sais comment pour faire tout ça et je crois m'en être bien sorti. Même si Thomas Kagermann, le violoniste que nous avions invité pour Solar Moon, n'est arrivé qu'un quart d'heure avant le début du concert (et il ne m'avait même pas appelé pour me prévenir... de toute façon c'était trop tard, j'étais déjà mort...).
Pourquoi ce texte sur le blog des Germaniacs ? Parce que je SUIS la moitié de Germaniacs, et la moitié de Solar Moon, et le technicien "caché" de Schulze (et le producteur de son album "Moonlake", etc., etc.) Solar Moon a été convié à jouer au festival. Et comme nous ne pouvions pas nous permettre de faire venir un chanteur de l'étranger, nous avons préféré inviter Simone, la chanteuse de Germaniacs. Au final, c'était donc un concert caché de Germaniacs dans un concert officiel de Solar Moon ! Oui, c'est bien ce que c'était, dans un sens. Enfin, pas exactement quand même... pour moi. Je sais que je suis bien trop sensible mais je crois que cela m'a bien plu, après tout. C'est étrange, mais je suis comme ça. Qui plus est, c'était une nuit de pleine lune ! Même si cette vieille dame a préféré se cacher derrière des nuages noirs et denses durant toute la nuit. J'espérais vraiment, pour tout le monde, qu'il ne pleuve pas... (Loreley est une scène en plein air, on ne peut rien faire quand ça arrive). Mais les Dieux nous furent cléments, et à la fin de la nuit nous fûmes récompensés par une magnifique improvisation de Klaus et Lisa, à nous donner la chair de poule à tous.
Encore ? Eh bien, juste un exemple... Durant tout le concert j'étais caché derrière les énormes tours de synthé de Klaus, surveillant l'enregistrement, et prêt à tout moment à bondir dans son équipement (oui, DANS... car les estrades sous le matériel étaient trop petites pour deux personnes à la fois... Tangerine Dream avait utilisé toutes les grandes disponibles...). Ceci au cas où un souci technique surviendrait, ou si le Maestro lui-même aurait un problème (il est du genre à oublier qu'il a lui-même passé sa table de mixage en mode "solo", ce qui fait qu'il ne peut rien entendre du tout...). Mais tout c'est bien passé techniquement (merci !), et Lisa ne s'est tournée vers moi que deux fois durant le concert, me faisant signe de mettre un peu plus de réverb (et une plus longue) sur sa voix. Je me suis donc faufilé derrière l'imposant rideau de fond de scène, essayant de ne pas me faire voir ni par le public ni par les caméras, cachant précautionneusement mes entrées et sorties juste derrière le mur de synthés. La première fois que je suis allé voir Benny, le responsable du monitoring (à gauche de la scène, il n'était pas trop visible du public), il était penché sur sa console, les yeux fermés, et semblait vraiment apprécier la musique. Je lui ai traduit les souhaits de Lisa et il a ajouté de la réverb sur la voix - bon, visiblement pas assez, puisqu'elle m'a fait signe une seconde fois ("plus" et "plus long") quand je me suis discrètement glissé à ma place. Donc, je suis retourné voir Benny et... n'ai trouvé personne. J'ai cru devenir fou et me ruant vers l'interphone pour appeler le technicien j'ai buté sur une paire de jambes - sur le sol, dans le noir ? Eh bien, eh bien... Benny était allongé sur le sol, les yeux clos, le casque sur les oreilles... Il s'était glissé sous la nuque un de ces coussins de confort que l'on utilise pour les voyages et... s'était endormi ! La musique était à ce point relaxante que cet homme de devoir avait succombé ! (Il est vrai qu'il ne faut pas oublier qu'il travaillait en continu depuis tôt le matin et qu'il était à présent presque 1 heure...). Sachant que pour les musiciens de Gamelan la meilleure récompense est d'amener le public jusqu'au sommeil, j'ai donc porté cela au crédit de la musique que Klaus et Lisa jouaient alors. Mais j'ai quand même dû le réveiller... Lisa a chanté jusqu'à la fin de sa prestation... Klaus a donné un dernier rappel. Puis j'ai commencé à tout débrancher... jusqu'à ce que, vers 3 heures, nous commencions à charger la camionette. Ensuite, retour à l'hôtel, soit encore trois quarts d'heure de route... pour trouver toute l'équipe dans l'entrée : le bar de l'hôtel était fermé... Mais je n'aspirais plus qu'à me coucher. Vous l'auriez parié non ?
|

|
| (cliquez sur une vignette ! Le diaporama lancé, cliquez sur les images - à droite ou à gauche - pour avancer/reculer) |
            |
| © RG |
Tangerine Dream... la dernière fois que je les avais vus (la troisième), c'était à Londres en juin 2005, au Sheperds Bush Empire, avec mon accolyte Dominique Pelletier. La première fois ? En 1978 au Hammersmith Odeon, mais j'en ai peu de souvenirs. Et ensuite en 1982 (le 6 novembre) alors que mes parents résidaient et travaillaient à Londres. Je leur avais fait une courte visite, l'occasion pour moi de me caler dans un des fauteuils de Dominion Theater, sur Tottenham Court Road, pour assister à un concert mémorable, gravé quelques mois plus tard dans de la cire noire d'ébène. Logos ! Dire que je me considérais alors comme étant le plus grand fan de T. D. serait un euphémisme. Vous dire que j'aimais presque davantage T. D. que K. S. peut en surprendre plus d'un... mais c'est vrai. TOUT, j'avais tout glâné d'eux. Jusqu'aux petit bouts de tissus que les kids londoniens collectionnaient et demandaient à leur mummys de coudre sur un levis sans manche entre AC/DC et Ted Nuggent ! Ce Tangerine-là je l'ai adulé. Et un jour tout s'est effondré. dès les premières sonorités de Rockoon... un gros bug... C'était ce lien que j'ai tenté de retraçer symboliquement en 2005, avec ce voyage de 3 jours à Londres. Londres que j'ai tant aimée mais que j'ai dû quitter, en octobre 1980, après la confiscation de ma carte verte de travailleur étranger suite un soucis avec les autoritées anglaises.
Cet été de 2005 fut un retour aux racines de ma jeunesse. Londres mon quartier de Sheperds Bush et le triangle : Hammersmith, Holland park. Tangerine Dream, Klaus Schulze, John Carpenter, mon Korg MS 20, Hawkwind, Steve Hackett, mes amis rastas de White Chappel... ma vie quoi....
Je n'avais pas mis les pieds en Angleterre depuis 1983, pour ce concert du Dream. Je retourne au 27 McFarlane Road... et je vais voir ce concert de Tangerine. J'ai passé la soirée à parler de Tim Blake avec des fans du Dream, et de Hawkwind. J'ai eu le privilège inouï d'avoir ce magicien de Moonwind dans le festival que j'ai organisé cette année-là, Close Encounters of Electronic Music 2005. Autant retrouver le lieu de ma fin de jeunesse fut un immense plaisir, autant T. D. ne me procura que quelques frissons fugaces. Sacré retour aux origines tout de même que ce voyage initiatique anglais. |

© CP
|
Edgar Froese est là devant moi
"Tangerine Dream" est là devant moi. Du moins Edgar Froese est là devant moi... Il a grossi depuis 2005, mais il a aussi laissé pousser ses cheveux blonds/blancs. Il est aussi souriant que sur la pochette de Sorcerer ! Cool comme ambiance.... il faudrait que son Memotron lui tombe sur les ongles pour qu'il esquisse un rictus, et encore !
Et il balance grave, il envoie du bois. Pas bûcheron pour rien le gars en impose tout de même. Que ce soit à 64 ans comme déjà à 18, il maitrise le vaisseau T. D., c'est impressionant. D'un regard de glace vers la fin des titres il semble dire " Oh le chevelu t'as fini ta phrase de gratte, toi aussi la crevette là-haut ? bon moi j'en ai pour deux clics et on passe au suivant... !". Puis petit à petit la décontraction semble s'installer chez Froese. Son cocon sonore se tisse et l'enveloppe. C'est contagieux, les autres sont plus relax. Iris, la très jolie percussioniste, est extrèmement sollicitée, comme a pu l'étre à l'époque Christopher Franke (73/89). Elle est aussi métronomique que l'étaient les séquences enchevétrées des Moog de Chris (mais tellement plus avenante !). Allez, je retombais amoureux... comme en 2005, amoureux d'une telle athlète. Car on peut parler d'une athlète. Elle envoie Véronique et Davina au placard !
Il a cependant bien fallu deux morceaux avant que le public adhère. Pour moi aussi. J'étais enfin dans ce que j'aime appeler "un piège sonore", séquencé, envoûtant, grossissant, sans issues... capturé par le son. Obnubilé par la technique (qui paraît faussement simple, car très minimaliste, robotique). Mais comme je dis souvent c'est avec des bases simples que le plaisir finit par arriver. Une sonorité bien connue, une rythmique familière, la vue de musiciens accomplis, tout à leur jeu... Le tout faisait de ce concert très "Hard" un très très bon moment de plaisir. |
|
Alors que je tape ces mots j'écoute un vieil enregistrement de l'époque de Cyclone (1979). Un concert extrait du coffret Bootleg Box Vol. 2, celui de Hamburg en 1978, si vous voulez tout savoir. Et là il est plus facile de comprendre la démarche de papy Edgar Wilmar.
Il aime se perdre et se mettre en danger dans l'excès de son. Tangerine Dream a été interdit de jouer pour son habitude à jouer trop fort. Ce n'est pas une légende : T. D. the R&R group that play the loudest ! Motorhead is a child comptine besides... ". Drastiquement sobre dans la vie (ni tabac, ni alcool, ni drogue, végétarien) Edgar est de ceux qui comme moi (même ligne de vie mais la viande en plus) savent se perdre littéralement dans un flux constant de son, de saturation.
C'est pour lui comme un bruit originel très rassurant. Saturation des guitares, des séquences hallucinantes, des solos... cette sensation de puissance et de transport inégalée. Que ce soit là, à Loreley, ou en 78 à Hambourg, ou lors des milliers de concerts que cet homme a pu donner. C'est à mon avis cette recherche initiale du son qui le guide. Et, en contraste, l'épurement qui exhale de ses deux premiers albums solos, Aqua et Epsylon in Malaysian Pale, sont une réponse comme en négatif de cette démarche, ce qui la renforce encore plus. Le son vous transforme. Et ce son lourd et total est un besoin pour lui. Mais parfois pour y parvenir il lui arrive d'emprunter des chemins... douteux (restons corrects Olivier !).
Alors, sur les deux heures de concert auquelles nous avons eu droit, 80 % m'ont beaucoup plu. Oui. De Hyperborea à Tangram, puis Stratosfear, le tout revisité en version hard et en flux tendu, sans concession. Il y avait hélàs des ilôts nauséabonds que je ne saurais nommer, qui doivent dater d'après Rockoon. Là j'ai lâchement décroché... et à l'époque et au concert.
Dans l'ensemble, Dominique et moi qui étions à Londres en 2005 avons préféré ce dernier concert. Bien sûr le petit (mais costaud) Jerome Froesen'est plus dans le groupe. J'oserai dire que ce n'est pas plus mal... même si, attention, je ne suis pas suffisament expert pour m'avancer sur ce tableau. Travailler en famille n'est pas toujours enrichissant sur un niveau artistique (sauf pour Feu Monique, qui fut pour beaucoup dans la réussite des visuels de T. D.. et l'attrait qu'ils ont exercés. Et au-delà, dans les choix musicaux eux-mêmes, car on oublie souvent qu'elle était excessivement influente auprés de son mari). Bianca est la nouvelle femme d'Edgar depuis quelques temps. C'était son anniversaire semble-t'il ce soir là, le 18 juillet. Edgar lui dédiera un très beau morceau de guitare comme lui seul sait jouer, tout en finesse expressive, inspirée et triturée. Le fantôme de Jimi Hendrix, l'idole à jamais gravée dans son cœur, était là lui aussi.
Un instant de grâce. Le public fut étonné d'entendre le son de sa voix lorsqu'il nous remercia à la fin des deux rappels. Respects. Mais nous sommes plusieurs à nous être fait la remarque qu'il aurait pu annoncer la venue après lui de Klaus Schulze, son ami. Mais son rival aussi, c'est vrai. Nous aurions sincèrement aimé entendre de sa voix un petit mot à son encontre...
Mais le tableau ne serait pas complet si je ne parlais pas du Light Show époustouflant que nous offrirent Edgar et sa bande. Ceci dit je n'en ai pas pleinement profité, aux premiers rangs c'est moins efficace. Deux gros lasers verts déchiraient la nuit devenue bien noire. La fumée nous enveloppait de nappes de lumière lunaire. Le tempo assourdissant et pugnace faisait vibrer sans relâche ces deux yeux séquencés, syncopés, tantôt rasants tantôt explosés en des milliers de petits scintillements. De la belle sculpture de lumière.
Voilà je lâche la barrière à laquelle Michel, Dominique, moi et une belle part de notre équipée étions arrimés. Seule attache avec la Terre.
Nous avons chaloupé comme portés par des spasmes qui nous soulevaient de terre. Certains dirons ne pas avoir aimé, mais pour les avoir vus à mes cotés, il n'ont pas aimé... d'accord... mais ils étaient bien dedans ! Dans un va et viens très autistique et insensible.
Edgar a reussi son but. Amener à l'unisson dans son vaisseau sonore toute une foule de représentants d'une époque passée, qui après le réveil ont du mal à reconnaître avoir un peu cédé à cette "force" qu'est Tangerine Dream ! "Coldwater Canyon" Forever ! (note du webmaster : Olivier, je n'ai aimé QUE la percussionniste. Son plaisir était contagieux, jouissif...)
|


© CP
|
J'ose à peine croire que dans quelques minutes...
Tout à coup les colonnes d'enceintes diffusent les deux mouvements de Tubular Bells de Mike Oldfield ! Qui l'eut cru ? On a eu droit à quasiment l'intégralité de l'œuvre. Pendant ce changement de plateau unique j'étais perché dans la rotonde qui servait au merchandising du Dream. Les membres du Eastgate m'y avaient concédé une place de représentant du Cosmiccagibi ! Merci à eux ! J'étais donc là à expliquer aux gens quels albums acheter, de quoi parlait le livre (en français) de Dominque Roux, faisant la comparaison avec celui de Greg Allen l'américain, leur expliquant qu'ils étaitent très complémentaires. Je distribuais aussi de la pub pour Crescendo, discutant de Tim Blake avec un grand nombre d'allemands très attentifs car très fans du bonhomme. Évidemment je n'ai vendu aucun bouquin de Dominique à cette horde d'allemands, j'ai vu des dizaines de beaux T-Shirt de Klaus, certains faits maison les soirs d'hiver au point de croix... Les T-Shirts en vente sur place (les même proposés sur ce site) ont rapidement été épuisés... SPV est en rupture. Je garde précieusement ceux qu'il me reste !
Bientôt, je quittais ma rotonde et rejoignais mes compagnons qui tanguaient encore sur les relents du Dream (non là je déconne). Ils ont pour la plupart été très attentifs au matériel de Schulze (voir liste ci-dessous). Un gars vient me voir pour me parler de cet été avec Tim Blake. Tu parles, le monde de la E. M. au final n'a que peu de pionniers... Et dire que moi j'en compte deux parmis mes amis... Juste le temps de prendre la mesure de l'ampleur de ces moments suspendus d'avant les tempêtes, ces moments lourds en attentes. Cette petite boule serrée au fond de la gorge. Comme de se dire que ce n'est pas réel, que ce n'est qu'un rêve et que je vais me réveiller. Je m'étonne de faire aussi attention en marchant, de ne pas me casser la gueule... oui éviter de me faire mal, ou pire. Je n'aurais en aucun cas donné ma place à quiconque me l'aurait demandée. Je n'aurais pas supporté l'idée d'être blessé ou hospitalisé dix minutes avant le début de ce... rêve. Je prennais mon temps pour esquiver les gens, attentif à ne pas me prendre les pieds dans un sac de photographe... C'est bizarre mais cela montre bien à quel point je voulais profiter intégralement de ce concert.
Pour ceux que le "matos" intéresse : mis à part le désormais classique Quasimidi Wall derrière lui (mais avec seulement 2 des 4 Virus A), Klaus avait peu d'instruments sur scène (enfin, tout est relatif).
De gauche à droite et de bas en haut (suis-je clair ?) : Waldorf Wave / Moog Voyager, Apple PowerBook, MiniMoog (avec la Stompbox de TC Electronic et la FilterPedal Moog) / Synthi A, E-MU E4K (avec, entre autres, des samples de Symphony Of Voices [Spectrasonics]) / Roland JD800 / Roland RSS V-Mixer M-400.
Comme souvent, certains des Polymorph et autres Rave-o-Lution ne sont pas vraiment utilisés, si ce n'est pour le look et les p'tites lumières clignotantes.
|
|
|

© CP
|
Un moment d'intimité... avec 5000 personnes !
De retour auprés des "miens" je m'arrime à nouveau à ma barre en fer, prêt pour le décollage.
Le public a dû le sentir car quelques secondes avant l'arrivée de Klaus... quelque-chose nait, grossit, émerge. Je le sens tout autour de moi. Un élan doux et puissant, une forçe. Imaginez 5000 personnes qui cessent de respirer, de pietiner, de sciller de yeux. Je ne peux pas tourner la tête mais si je pouvais je verrais derrière moi un nombre impressionnant de personnes pétrifiées, comme à Pompeï ou encore ces soldats de l'éternité dans leur fosse. Klaus arrive non pas comme une icône, un dieu ou un être unique, mais simplement comme un homme, diminué hélàs et accompagné d'un roadie attentif. Cette image d'un homme fragile est un choc pour l'audience et un formidable élan de soutien, de respect et d'amour se déverse sur la scène comme une onde de bonheur. Ce ressenti, mélé à la tristesse de voir Klaus ainsi et à la joie de le savoir avec nous, tout cela nous submerge littérallement. Il prend place devant sa table de mixage, ouvre quelques canaux puis commence à jouer. On sent que ce retour émane de très loin, du fond des temps. Comme souvent il commence par des bruitages étranges qui emplissent l'arène, puis peu à peu les nappes grossissent, enflent. Je sens auprès de moi Michel submergé par l'émotion, et par ce son qui est l'esprit même de Schulze. Le morceau est beau et profond. Rien de connu, juste une improvisation nouvelle sur des sons très contemporains à Kontinuum et Farscape. Mais différents encore. Puis Klaus baisse, baisse ... baisse le volume, à la main, tout doucement... et là c'est une avalanche, un déluge d'applaudissements. Je ne me rappelle pas avoir entendu de cris. Klaus se lève pour approcher du micro au milieu de la scène. Il fut très frustrant d'entendre que c'était de l'allemand... Il nous salue tous comme si c'était un par un. Et ce sentiment d'exclusivité, de priorité, d'égard personnel, nous l'avons tous eu. Klaus à joué pour moi ce soir là. Jean-Yves vous dira la même chose. Frédéric aussi.... Vous voyez ce que je veux dire.
La musique de cet artiste a la particularité touchante d'être adressée à nous uniquement, exclusivement. Tangerine Dream ne peut pas revendiquer ça. Il existe de groupes de fans, des sous groupes... leur famille est immense, leur musique est diffusée aux masses. Celle de Klaus est bien plus personnelle car d'évidence plus profonde. Bien sûr on peut ne pas être d'accord avec moi, mais c'est le sentiment que j'ai depuis longtemps et qui vient, une nouvelle fois, d'être tout naturellement confirmé.
|

|
La musique reprend de plus belle, percussive et ciselée, rehaussée de nappes aux accents "anciens" des chœurs semblables à ceux de X ou ai-je rêvé ?
Le problème avec ce concert c'est qu'il a eu la particularité d'être très court. Je m'explique ! Il a été plus long que celui de Isilurs Bane (le 3ème groupe à avoir joué) mais alors que chaque titre était pour moi une souffrance car il s'éternisait dans une banalité sans nom, ceux de Schulze passent à une vitesse fulgurante. Encore un parti pris, j'en conviens.
Il a joué durant près de 2 heures (1h54 me semble-t'il), mais j'ai eu la sensation que de toute façon tout était figé, les nuages, le vent, les gens, le temps... donc difficile de donner un axe temporel quand tout est comme en suspend.
Soudainement Lisa apparaît de derrière les rideaux et ausitôt sa voix inonde tout alentour, elle caresse la frondaison des arbres, envahit la colline de St-Goarharsen, fait frémir d'une onde suave la pellicule d'eau du Rhin, remonte jusqu'aux chateaux du Comté de Goar. Nous sommes tous portés par sa voix. C'est unique, magique. Klaus trouve notes et accords pour hisser le timbre plus haut, le rendre plus clair encore. Tout explose dans les têtes, les yeux sont plein de larmes, tout s'embrume, se dissout et coule... C'est incontrôlable. Le temps d'un morceau tout revient aux origines. Unique et captivante, cette autralienne de 46 ans, gainée d'une belle robe de soie bleue et scintillante, les cheveux remontés en chignon de grande classe, dressée comme une vestale elle personnifie la beauté pure. La sirène de Loreley qui, dit-on, faisait oublier aux marins séduits par sa voix les dangers des récifs sur lesquels ils échouaient alors fatalement, cette sirène n'est plus un mythe, c'est Lisa.
Je quitte un moment ma place, demandant à Marie-Paule de la garder, et je remonte les marches à grandes enjambées. J'ai soudain le besoin de prendre l'air, de respirer, de pleurer pudiquement aussi. Tant de grâce, de beauté et de sentiments mélés ont eu raison de moi. Je monte jusqu'aux baraques vides. Même le personnel s'est approché des marches les plus hautes. Pas un mouvement, pas un souffle juste moi qui semble un fou hagard.
Une fois tout à fait en haut, je me retourne et ouvre les bras pour respirer, inhaler cette force.
|

© CP
|
Tous les gens qui me sont les plus chers, ceux que j'aime le plus font irruption devant mes yeux ébahis. Ma plus proche famille, mon noyau. Mes filles... Plus la musique monte, plus des visages ou leur image viennent à moi. Pêle-mêle : Dominique Roux, Xavier Gasnier, Claude Berrouet, Klaus Dieter Mueller, Florian Fricke, Fred Lapel, Jean-Paul Duchemin, Manuel Göttsching, Myriam Abeillon, Bruno Begani, Gaby Bescond, Yannick Edom, RV, Joël Bernard, Tim Blake, Frédéric Lepage, Charlotte, Pascal Lamon, Jean Claude Glé, Rafael Antunia Diaz, Philippe Courvoisier, Jean-Christophe Allier, Manuela, Jean Marie Drouet, Gilles German, Serge et Virginie Lheur... et j'en vois d'autres, plein d'autres... Vous êtes tous là avec Klaus et Lisa...
Toujours là-haut, je m'approche du centre du site et je me suis dis que c'est vraiment chouette quand même une telle communion. Je ne suis pas croyant pour deux sous, mais si cela peut s'apparenter à une communion, c'en était une, et fort belle. Et j'ai aussi une très forte pensée pour Klaus qui nous donne tant à ce moment-là. Et pour une fois, je me sens fier de l'avoir aidé à continuer à croire dans tout ce qu'il a créé jusqu'à aujourd'hui. Fier de ma petite contribution commencée il y a bien longtemps, en 94, avec Pascal Lamon et notre fanzine Rubycon.
Alors que Lisa et Klaus font littérallement décoller ces tonnes de granit figées dans la terre, je m'approche de la table de mixage au dessus de la foule. Michael Schmitz est là, une main dans la poche et son corps appuyé aux structures de la tente. Il a les yeux brillants. On se regarde amusés et je pose ma main dans son dos pour le remercier de tant de bonheur. Il m'entraîne hors de la tente pour me montrer la forêt de spectacteurs pétrifiés.
Et il me dit : Olivier je comprends pourquoi toi et tes amis soyez si "accros", tenaces, au point d'écrire un livre et faire des kilomêtres, quand on assiste à un spectacle d'une telle intensité... regarde, mais non mais regarde... en ouvrant ses bras comme le Roi Lion au dessus de la savanne.
Tangerine Dream c'est fini, c'est rien à côté de ça... La dimension n'est pas du tout la même... Il sort une sucette de sa poche de short, se la cale dans la bouche : Klaus a arrété de fumer deux semaines et quatre jours avant l'embolie pulmonaire qui l'a contraint à annuler Paris et Bologne. Moi quatre jours avant lui. Il a moins bonne mine qu'à Paris en Janvier tu trouves pas Olivier ? J'acquiese avec tristesse (pas difficile j'ai des larmes plein les yeux..)... on discute ainsi de choses plus personnelles, de Youtube, de projets, de beauté, d'instants uniques. |

Comme une poussière d'étoiles blanches
Je redescends les grosses marches de l'amphitéâtre. La vision est grandiose. Le public semble toujours figé, la lumière très forte semble répandre sur eux une poussière d'étoiles blanches. Souvenez-vous de cette scène d'anthologie dans Rencontre du troisième Type. Le vaisseau spatial va atterir derrière la Devil's Tower, dans le Wyoming. Des dizaines de spécialistes sont là, sur la piste improvisée, tous vétus de combinaisons blanches. Le vaisseau s'approche et les gens sont comme tétanisés, sans voix. La lumière de l'ovni leur dessine une ombre très longue et noire. Tout est suspendu par l'attente de l'ouverture du vaisseau, puis vient la musique, très grave... Vous y êtes, nous y sommes, la même scène se joue devant mes yeux, et l'espace d'un instant je suis Roy Neary (Richard Dreyfuss) ! Les sons graves des synthés de Schulze nous parlent, communiquent avec nos cerveaux... J'ai le sentiment d'être le seul être humain à dix kilomêtres à la ronde, tout est suspendu à ces moments uniques, tendus vers eux. Je me glisse entre ces manequins blancs et rejoins ma place.Lisa semble sublimer la musique de Klaus. Tout est hissé vers le cosmos. Lisa propose et Klaus répond. La broderie musicale interstellaire monte et descend prennant à chaque mouvement plus d'ampleur et de profondeur. Klaus joue sur les touches avec une délicatesse touchante, créant des nappes très épaisses toutes de rondeur, de profondeur ténébreuse et noire. Où donc vont s'arrêter les vibrations, combien de temps nos corps pourront-ils tenir ? Si bas, si bas... et Lisa de remonter, aussitôt rejointe par les claviers et les séquences subtiles.
|

© CP
|
Puis Lisa se tait. Klaus nous dit alors qu'il est bien là pour nous, que nous pouvons lui demander ce qui nous plait. Mais nous sommes tous encore en plein recueillement et il décide pour nous. Il lançe une séquence purement dans l'esprit de Moonlake et tout vibre à nouveau, montant d'un cran. Et le morceau fini nous ne sommes à nouveau plus sur terre. Et puis Lisa revient... Elle chante a cappella, comme dans Dead Can Dance où pour la musique du film Gladiator. Klaus revient discrètement, un sourire facétieux sur le visage. Il nous fait un signe, le doigt sur les lèvres, que nous nous retenions d'applaudir : nous sommes ses complices !... Heureux de sa blague, comme un gamin, il se rassied dans son fauteuil noir (celui où Michel s'est assis pendant trois heures à Hambühren, sans même s'en rendre compte !) et pose les doigts sur un clavier. Hou là, le son lui semble un peu agressif.. il rentre la tête dans les épaules, simulant le visage de qui va se faire réprimander... puis il trouve aussitôt le ton et l'accord parfait pour accompagner la grande dame.
Pour finir Klaus revient encore, fatigué et ému. Comme l'heure de fin de concert est presqu'atteinte, il nous demande de le prévenir quand il sera temps d'arrêter (tu parles !) puis joue encore un moment (Breeze To Sequence, de Live at KlangArt) comme dernier titre de rappel. Nous en aurions voulu Encore et encore ! |
Maintenant que la plupart d'entre vous connaît Farscape, vous pouvez prendre la mesure de ce parfait mariage du son et de la voix. Et Farscape est un excellent album, c'est sûr. Rappelez-vous la façon dont il été fait : Klaus enregistre en studio, et comme par enchantement Lisa se cale sur la musique. La démarche ici est différente, et aussi difficile. Car c'est Klaus cette fois qui se colle à la voix, aux improvisations de Lisa. Ce concert est une pure beauté de création. Certes les sonorités échangées sont mûrement choisies au préalable par les deux artistes, mais ils ne savent pas trop où chacun des deux va et tout se passe là sous nous yeux, devant nous... là... Dans ma chronique de Farscape je vous parlais de mon envie de voir se répondre voix et synthés. On y a eu droit ici ! La différence avec le très bon Farscape c'est cette spontanéité de Klaus à s'adapter à la situation. Du grand art.
À ce moment-là nous sommes loin, très loin de Tangerine Dream est de ses morceaux taillés en studio, qui s'allongent et pataugent dans le son. Là c'est une autre classe. La classe. Tout le monde le comprend. Et c'est beau à voir.
J'espère vraiment que le DVD qui est prévu pour mi-novembre permettra à travers le monde de ressentir cet élan d'amour, de respect et de tendresse même qu'a eu le public pour Klaus et Lisa. Pourvu que la technique et la subtilité du monteur permettent de nous faire revivre cet événement unique. D'autant plus que ce DVD sera un témoignage de grande valeur, car nous avons eu droit ce soir-la à tout ce qui fait l'originalité de la musique de Klaus.
James L. Frachon de Mygale Film s'est lancé dans le montage du DVD. Appelé "Rheingold", le DVD sortira tout d'abord en version limitée comprenant quatre disques.
Klaus, Tom Dams, Michael et James L. ont travaillé au Real World Studio de Peter Gabriel, en Angleterre. Quatre jours durant ils ont été les hôtes de cette véritable cathédrale sonore aux dimensions surprenantes. Montage et mixage seront donc parfaits pour coller aux images de ce moment magique du 18 Juillet dernier.
|
 |
Un trailer du DVD est visible sur la page MySpace de Klaus Schulze, ainsi que sur une page dédiée : Rheingold.
Le DVD sera réalisé par James L. Frachon : Mygale Films.
Le vidéaste James L. Frachon
et Michael Schmitz, manager du concert,
|
 |
|
|
Merci Lisa et Klaus. Merci !
Pour la petite anecdote et grâce à Michael qui nous a décidément pris en affection, Michel, moi et Christian rejoignons Klaus en backstage.
Klaus décidera à la fin d'aller vers son public. Assis sur un gros flight-case à roulettes, il se prête avec gentillesse et patience au jeu des dédicaces. Je me tiens à son côté pour lui expliquer qui est qui parmi les français du bus. Il signe des dizaines de livrets, des albums, des tickets... puis va s'asseoir, épuisé, dans un camping-car hors d'âge et transformé en loge. Lisa y est déjà. Elle s'est changée, dommage. Nous échangons quelques mots. Klaus et Lisa ont des paroles très touchantes pour Michel, toujours aussi ému. Nous disons tous les trois notre reconnaissance. Christian prend rapidement quelques photos. Je referme doucement la porte. Je suis heureux.
It's over.
À bientôt, c'est sûr.
Olivier Bégué

L'AKS ( sdiycut) envoyé à Klaus
au nom de tous les habitués du Cosmiccagibi.
|

Klaus Schulze et Lisa Gerrard.
Klaus remercie pour le p'tit Synthi AKS !
© CP
|
|
|