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.UNE NUIT DANS L'ESPACE...
C’est par une après-midi ensoleillée dans la métropole financière germanique au pied de l‘Alt Oper, que commencèrent à se regrouper les fans (pour la plupart des hommes, pour la plupart des quadragénaires et pour beaucoup vêtus de t-shirts en hommage à TD). Répondant aux trois critères précités, je me retrouvais en compagnie de mon fils Johann devant ce superbe bâtiment aux petits airs d’Opéra Garnier. Parmi les fans qui attendaient, un groupe de purs et durs britanniques qui s’étaient déjà réunis auparavant dans un Irish bar. Il y avait également pêle-mêle des croates, des hollandais, un norvégien qui s’était fait faire un T-shirt « Tangerman in Frankfurt 07 for Tangerine Dream », le beau-frère d’Edgar Froese, bref tout un tas de gens enthousiastes et de surcroît sympathiques pour qui la soirée n’était pas une simple sortie nocturne mais un évènement. Le fait que le concert soit unique et qu’un aussi grand nombre de personnes ait fait un long déplacement pour accueillir son groupe préféré donne une dimension supplémentaire au concert.
Lorsque les portes se sont ouvertes, beaucoup d’entre nous n’ont pas pris le temps d’admirer la somptuosité du lieu, mais se sont rués (sans agressivité) vers les stands de vente. Un des deux était consacré aux T-shirts et aux posters, l’autre était dédié aux disques. TD n’avait pas lésiné sur la variété des produits à vendre, car en plus des productions des sept dernières années, dont le single One night in space sorti pour l’occasion et le DVD restituant le récent concert berlinois de juillet, on trouvait quelques raretés (un vinyl imagé de Poland, un 45 tours de Tiergarten et un exemplaire du coffret pour enfants de 1991, Rumpelstiltskin, un enregistrement officiel rare qui manquait à ma collection et que j’ai pu acheter, envié par d’autres fans). Les stands étaient très sollicités et je n’en ai pas assez profité ; j’ai probablement loupé des choses intéressantes. Car même la FNAC la mieux achalandée en TD ne saura jamais nous proposer autant d’articles différents. Les minutes avançaient et il était temps de rejoindre nos places. Nous étions placés au huitième rang du balcon, un peu loin à mon goût de la scène. Derrière nous je reconnus Tim et Carmen, un couple de fans de Birmingham déjà croisé sur Internet. À coté de moi, un allemand enthousiaste qui me posait beaucoup de questions sur le groupe, auxquelles je tentais de répondre, maîtrisant mieux le sujet que la langue.
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Les lumières se sont éteintes laissant la place en guise d’intro à Linda Spa jouant sur une boite à musique quelques notes de « Yesterday », avant que ne débute réellement le show avec en premier plan trois hommes aux claviers, une formule qui ne peut que convenir aux nostalgiques ; de gauche à droite, Monsieur Edgar Froese, Bernhard Beibl et Thorsten Quaeschning. Derrière eux les ravissantes et talentueuses Linda Spa aux claviers et surtout aux instruments à vents ainsi qu’Iris Camaa aux percussions, toutes deux de rouge vêtues. Et, au-dessus, deux écrans géants diffusant de superbes images de nuages. Le premier titre Ayumi’s Butterflyétait idéal pour réjouir le public ; déjà magnifique sur CD (Summer in Nagasaki), il fut somptueux sur scène. Le premier titre a toujours de l’importance. C’est celui qui nous libère de notre impatience fébrile, celui qui nous fait entrer dans l’univers musical de la soirée voulu par les artistes. Pour les morceaux suivants, j’ai pris des notes parfois très facilement, parfois devant faire des exercices de mémoire (ce n’est pourtant pas faute d’écouter tous les jours des disques de TD depuis 28 ans). Il y a eu 18 titres, le plus ancien étant White Eagle de 1982, les plus récents étant ceux du single One night in space (c’est du moins ce que j’ai supposé par déduction) sorti le jour même. Entre les deux quelques standards comme Logos ou Le Parc, les reprises récentes de Zen Garden et de Sphinx Lightning, un extrait de la première partie de Springtime in Nagasaki, le génial single sorti en juillet Bells of Accra qui semblait réjouir l’assistance conquise qui s’est laissée aller à applaudir entre les deux parties du titre. Linda était à l’honneur car en plus de nombreuses interventions raffinées à la flûte et au saxo, les deux compositions qu’elle a cosigné avec Edgar étaient au programme, Story of the brave et Elf june (ce dernier n’ayant jamais été joué sur scène auparavant). On retrouvait également Iguana un titre méconnu de 1988. L’excellente bande originale de Miracle Mile était mise en valeur avec deux titres Teetering scales et surtout After the call. Les rayons lasers qui s’offraient à nous pendant ce titre grandiose avec cette rythmique infernale suivie de nappes généreuses me donnaient la chair de poule (que voulez vous, je suis très sensible). Malgré les différentes périodes de composition, il se dégageait une certaine unité dans l’ensemble du show globalement plutôt rythmé, ce qui a donné à Iris de multiples occasions de nous exposer sans discontinuité ses talents de percussioniste. Elle rythmait également visuellement le spectacle. Ses mouvements devant les écrans géants étaient du meilleur effet. Bernard Beibl avait au niveau des claviers un rôle symbolique mais il nous a émerveillé dans ses prestations de guitare. J’ai vu plus qu’à l’habitude Edgar concentré tourner des boutons sur un appareil situé derrière derrière lui, mais je ne saurais être plus précis à ce sujet. C’est La libération, le seul titre du concert signé par Thorsten, qui clôtura le show. Edgar présenta ses camarades de scène avant d’exprimer quelques mots en allemand et d’autres en anglais par lesquels il remercia tout particulièrement les personnes venues de toute l’Europe (c’était avec grand plaisir Edgar !). Au cas ou vous ne l’auriez pas compris j’étais enthousiasmé par ce show de deux heures, regrettant seulement qu’à certains moments les spectateurs ne soient plus expansifs. Je pense que la situation assise si elle est plus confortable pour l’auditeur incite moins aux cris d’enthousiasme que la position debout telle que je l’avais connue à Londres en juin 2005.
Mais pour moi le spectacle n’était pas tout à fait terminé, car grâce à quelques échanges écrits sur Internet, Bianca (la femme d’Edgar) m’avait proposé un « backstage » (un sésame pour les coulisses). Elle a tenu parole et est venue nous chercher (avec quelques autres à l’accueil). Certains ayant flairé l’aubaine nous ont suivi. C’est ainsi qu’elle nous a emmenés dans une somptueuse salle avec lustre et miroirs. Nous étions une trentaine de fans dans ce salon. Bianca a été chercher dans une autre salle Edgar Froese et ses acolytes que nous avons applaudi comme il se devait à leur arrivée. Il s’en suivit quelques secondes de gêne réciproque, puis les salutations, les photos et les échanges avec les artistes purent commencer. Edgar fut évidemment très sollicité et je n’ai pu parler directement avec lui. J’ai pu par contre échanger quelques mots avec Thorsten très humble et disponible. Il se souvenait d’une photo d’ouverture de mon modeste « MySpace », ce qui flattait mon égo. Linda et Iris étaient souriantes et très abordables et m’ont même gratifié de quelques mots en français avec un délicieux accent. Bianca, qui fait par ailleurs de magnifiques peintures (la pochette d’Inferno, c’est elle) parle très bien la langue de Molière. Elle me confiait qu’en tant que productrice du groupe, elle avait énormément de travail notamment pour la préparation d’un concert comme celui-ci. Edgar conversait en toute décontraction avec des fans britanniques qu’il semblait affectionner. J’étais sur un nuage à deux mètres d’une légende vivante de la musique qui paraissait tellement humain avec les fans, et tellement paternel avec les autres membres du groupe. En l’observant défilaient en moi 40 années d'images et de musiques avec tous ces chefs d’œuvre dont seule une infime partie nous fut présentée ce soir. Mais il fut temps de quitter la salle à la demande du personnel de l’opéra et aussi tout simplement pour laisser un repos bien mérité aux artistes qui ont fait preuve de générosité à notre égard.
Nous avons quitté l’opéra et roulé dans la nuit de Francfort au pied des tours géantes en écoutant Summer in Nagasaki, tellement heureux de cette nuit dans l’espace. |
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