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.L'ÂME NOSTALGIQUE...
Je me sens l'âme nostalgique ce soir, un disque gravite à raison de 33 tours en une minute sur la platine. La musique inonde le Cosmiccagibi... Il fait bon, une légère odeur de feu de bois traÎne dans l'atmosphère...
Bonne introspection dans le monde de Tangerine Dream, toutes périodes confondues. Depuis deux trois mails là on passe d'une époque à une autre sans difficulté, juste guidés par des chaleureux souvenirs. J'aime parler de Tangerine Dream. Il est vrai que je suis un trés grand fan.
Parlons des origines...
"J'ai commencé ma vraie vie avec quatre galettes...
Nous sommes en 1972 au bout du monde... j'ai la fierté de mes onze ans, j'ai la pêche et je me rend compte alors que je suis un grand rêveur.
Pas trés costaud dans les bagarres avec mon petit frêre qui lui gagnait tout le temps, on se battait souvent peu importait la raison, ce n'était pas des bagarres, mais plutôt des combats pas trés loyaux car lui c'était une teigne plus petit de 3 ans mais plus costaud, noueux. Avec un centre de gravité plus prés du sol... et moi grand échellat je ne valais pas grand chose; chatouilleux; surtout je n'avais pas du tout envie de lui faire mal... tu parles lui connaissait mes failles, le fait de me faire rire et j'étais retourné, torturé, baffoué, pietiné. Je perdais alors les quelques forces en stock, m'étouffais dans un rire infini et fondais comme un Carambar en bouche...
Pas physique pour deux sous, mon monde à moi était ailleurs.
La musique.
Formé trés jeune par des parents mélomanes et éclectiques, il m'offraient des disques, jusqu'à mes dix ans des Guaranis à "Sébastien et la Marie-Morgane", les Poppies, David Crockett... et puis pour mes douze ans ils m'ont certainement jugé plus grand et m'ont offert quatre disques : Alice Cooper "Love it to Death", Santana "Caravanserail", Pink Floyd "Meedle" et la BO de "2001 l'Odyssée de l'Espace".
Je restais sur cette base de longs mois.... je connaissais tout par cœur, les moindres recoins de chaque pochettes, le moindre craquement, le moindre son.
J'en prenais soin et j'en étais très fier. Ma vie de mélomane commençait... J'étayais mes découvertes musicales avec des films marquants, bien que jeune à l'époque je pouvais avoir accés à des films pour "adultes" par le biais du centre culturel de Téhéran qui ne faisait pas cas du public présent, on suivait les parents, du moins moi. J'ai ainsi pu voir des films trés avant-gardistes pour mon age... 13 ans. Orange Mécanique, Little big Man d'Arthur Penn, Les valseuses, 1900, Soldat bleu, Z, Phase 4, La planéte des singes, Osternamm Week End, Taxi driver, les films de Philippe Garrel, d'Antonioni, de Truffaut, Mel Brooks, des trucs pas regardables, des chefs d'œuvre, de tout... C'était tous les mardis soir, tout ce que comptait l'Iran de français et d'allemands, se réunissait pour une projection unique d'un film par semaine au Lycée Razi. Grands souvenirs, avec discutions à la fin du film... j'ai accumulé ainsi une vision parfaite de l'image et du son toujours trés éclectique; la salle était vraiment High Tech pour l'époque, un son quadrophonique et des bonnes basses.
J'avais de plus une vision très nette de ce qui m'attirait le plus dans le visuel, les deserts et les grandes étendues, l'espace, la nature à son plus haut niveau, sans nulle trâce humaine, uniquement des paysages minéraux partout où le regard pouvait se poser. À perte de vue. L'image d'une planète vierge. J'étais bien servi en Iran me direz vous, je n'aurai connu que Mourenx Ville -Nouvelle (64), celà eût été different .
Cette épuration visuelle trouva trés vite un écho dans la musique qui faisait à present partie de ma vie. Pas de chants, que du son, beaucoup de son, et bien fort ! que ce soit avec le Black Juju d'Alice Cooper et ses minutes trépigantes, le Caravanserail de Carlos Santana, les plages longues de Meedle du quator anglais, tout était là, concentré. Je pouvais rester des heures à contempler ces sites, ces caillasses, ces arbres morts si beaux, tordus par le soleil et son implaccable loi. Le moindre mouvement était perseptible : la musique et moi sur MA planéte.
Je m'étais bricolé des écouteurs d'enfer pour avoir les oreilles bien "dans" le son. Un énorme magnétophone sur les cuisses, je restais assis de longs moments, les cheveux en cascade sur les épaules de ma veste en jeans... blond comme les blés, j'étais bien. Il n'était pas facile de me déranger dans ces moments de communion avec les éléments. Somme toute j'étais sociable, même mon frêre venait me taquiner pour que l'on se batte, et qu'il gagne à nouveau...
C'est dans cette période d'ébahissement total que je découvris qu'il existait une musique encore plus "forte". Il était difficile de trouver des disques en Iran en 1973/74, par contre il existait des cassettes de super mauvaise qualité qui était vendues très peu cher, copiée d'un album original élimé. Elles étaient orthographiée en persan, et les titres étaient trés souvent mal frappés en Anglais ce qui pouvait donner du "Mildpaster" au lieu de "Mindphaser", ou encore "Rotten Poor" pour "Totem Door" les claviers AZERTY ne devaient pas être très répandus dans les souks du sud de Téhéran...
Toujours est-il que le son était bien enregistré et c'était là le principal. On avait droit de consulter un petit catalogue de trois / quatre pages, la cassette était à commander, le mec devait la faire le soir avec d'autres commandes. On repassait le lendemain, et elle etait là toute chaude. Sérigraphie de la pochette, couleurs un peu delavées... Bon il ne fallait pas que ce soit la fête le soir chez le gars qui enregistrait car sinon, le bras de la platine pouvait sauter... oui oui..
Je découvrais ainsi un panel de plein d'albums, toutes sortes d'artistes. même des merdes oui ça existait... déjà.
Je lisais Actuel et Rock & Folk qui étaient alors de toutes jeunes publications, bien distribuées tout le long de la Route de la Soie, pour les hippies nombreux qui prenaient cette axe connu. Je m'informais sur des courants ou des groupes. Dés que je voyais que c'était chanté, je ne le notait pas sur ma liste. Il pouvait m'arriver de commander carrément au marchand tel ou tel disque pour qu'il me le copie.
Ainsi je découvris en premier lieu : Alpha Centauri et Zeit, de Tangerine Dream. La cassette coûtait un ou deux Rials, c'est à dire rien quasiment. Je descendais au souk tout seul les 60 kilometres de l'avenue Pahlavie en taxi bondé, souvent gratuitement, j'étais pas épais et pouvais même le faire assis sur le rebord de la fenêtre de la voiture. Tout mes Baby-Sitting du vendredi soir passaient dans les cassettes. Lorsque j'étais content d'une découverte, je commandais le disque en vinyl à de la famille en France et eux me l'envoyaient par la valise diplomatique. ou alors les stockaient là bas.
Mon univers s'ouvrit donc aux son électroniques de Tangerine Dream, l'immensité de leur morceaux explosaient litteralement les champs de mon imagination, les paysages devinrent plus colorés, plus profonds, plus contrastés.
Nous voyagions beaucoup à cette époque: l'Afghanistan, Erat et ses montagnes pelées; Le mont Ararat, les rives trés verdoyantes de la mer Caspienne. Des paysages grandioses et lunaires, hauteurs gigantesques et air si pur qu'il me faisait tourner la tête. Toute végétation grillée par le froid ou les vents. Peu de gens, la vie était cachée à l'ombre des oasis ou d'anciens caravanserails splendides où nous passions les nuits dans un confort spartiate. C'était pas encore très touristique le coin mes amis, il fallait être assez aventurier.
Minérales et Analogiques, voilà ce que furent mes années 73 /74. Terreau fertile de tant de beauté.
J'atteignais des sommets lors d'une visite au sud de l'Iran dans la région de Yazd. En convoi avec quatre voitures, je sommais mes parents de mettre mes cassettes dans l'auto-radio qui parfois m'en bouffait une, ils s'acquittaient assez facilement des mes pressions car ils appréciaient aussi beaucoup ces grandes plages planantes. Klaus Schulze, Ash Ra Temple, Popol Vuh, Tangerine Rream, mais aussi Terry Riley, Tontos Expanding Head Band, même du Hawkwind... j'étais le DJ du convoi.
Lorsque nous sommes arrivés devant les Tours du Silence, je garderais en mémoire la plage précise qui passait alors dans mes écouteurs.... Nebulous Dawn de Tangerine Dream, de l'abum "Zeit". Un ciel trés noir et menacant, gris ardoise mouillée... une lumière rase d'un couché de soleil rougeayant, poussiére ocre et or, les ombres longues qui s'étirent vers l'horizon, et cette douceur comme suspendue avant un terrible orage, pas un souffle, rien, une ambiance palpable d'une imminente catastrophe, ou d'un danger latent. Un moment de rétention. Un espace-temps... au confins de rien, de nulle part.
Et ces larges tours massives construires il y a des siécles, aux sommets desquels sont étendus les corps des défunts offerts au dieu soleil et aux charognards. Juste posés ainsi dans leur vêtements quotidiens, hommes, femmes, enfants, tournés la face vers les cieux. La proximité de ce lieu sacré zoroastrien était envoutante, nous établissions notre campement là au pied de ces tours lugubres, en plein desert.
Les vibrations du Moog de Florian Fricke, les cordes frottés par Chris Franke, des mellotrons triturés par Froese, des distortions des bandes du Revox et autres effets de phasing lanscinants, tout celà etait si beau et si gigantesque. Majestueux. Les bulles électroniques sonores contrastaient parfaitement avec l'aridité du site. Les nombreux vautours gavés de viande sèche n'avaient pas l'air d'apprécier notre présence, mon frêre et moi leur lançions des cailloux. J'arpentais l'accés à la Tour malgré le refus parental, en sueur, écouteurs vissés sur ma tête bourdonnante, mélange de flux sanguin et d'ondes de Moog, j'accédais à l'aplat de la tour la plus grosse. Au detour d'un dernier arrondi en torchi.... le spectacle fut brutal et sans transition. Lorsque l'on voit pour la première fois des cadavres desséchés et autres squelettes à l'age de 13 ans, on marque un pas de recul. Une grande projection dans le monde du réèl et le passage vers le stade adulte, mortel...
Étrange vision, apocalyptique, qui irrémédiablement s'imposera à ma vue, encore en 2007, à l'écoute de ce morceau si sombre du groupe berlinois. Mélange ambivalent de plaisir, et de grand mystère. Celui du cycle de la vie et de la mort.
Voilà je voulais vous faire partager une partie de l'intimité que j'ai avec la musique de Tangerine Dream qui pour moi est fondamentale. Un lien très fort m'unit à leur musique. D'autres souvenirs se scelleront à d'autres morceaux, ceux de grands espaces aussi liés à Encore et l'envoûtant Coldwater Canyon, ou ceux associés aux émois amoureux et à Rubycon, à Shemshak, village montagnard au sommet du monde... mais tout celà c'est un peu plus tard, là je vous parlais des Origines...
Promis , je vous raconterais comment je découvre la musique de Klaus Schulze lors d'un spectacle. Même période, même pays. |