.L'avis de Dominique Roux sur cette biographie En visitant dernièrement le site de Klaus D. Mueller consacré à Klaus Schulze j'ai découvert la biographie traduite en français et augmentée que Kdm avait écrite en 1997. Je me régalais à l'avance à la perspective d'une lecture que j'envisageais passionnante. Ce personnage proche du musicien ne pouvait que nous donner des informations intéressantes sur la vie du compositeur allemand. Informations sortant de la simple anecdote mais qui nous plongeraient dans son monde si particulier.
Voici la définition du mot biographie par le dictionnaire académique : relation ou étude de la vie d'une personne. Faire, retracer la biographie d'un personnage célèbre. Par métonymie : ouvrage, article qui étudie ou retrace la vie d'une personne. Cette biographie peut être bien documentée c'est à dire coller à la réalité des faits ou bien romancée c'est à dire adaptée et où la réalité historique des évènements peut être plus ou moins transformée dans un but littéraire voire artistique.
Je me souviens de la controverse entamée avec Kdm lors de l'édition du saut dans l'inconnu, où ce dernier refusa et refuse encore la diffusion de cet ouvrage sous prétexte : qu'il n'était pas écrit par un professionnel, qu'il contenait des erreurs historiques. L'important pour Kdm était la précision dans les dates et l'orthographe des noms propres. Je me suis évertué à essayer de faire comprendre à mon interlocuteur (dans un anglais approximatif) que mon livre n'était pas une biographie au sens de la définition ci-dessus, mais un essai littéraire sur le musicien et son œuvre. Où mes impressions, mes émotions, mes sentiments à l'égard de sa musique et du personnage corroboraient avec les interviews multiples que j'avais lues sur le musicien. Que ma culture musicale, aussi bien dans le domaine de la musique rock (mon âge canonique m'offrant l'avantage d'avoir pu suivre l'histoire de ce mouvement musical dès son origine : Elvis Presley et les différents mouvements musicaux : pop musique, psychédélique, krautrock etc.) ainsi que ma passion pour la musique classique et l'opéra, me permettaient en tant que mélomane d'aborder de façon transcendante la musique de Klaus Schulze, d'en faire partager le bonheur avec les amoureux de sa musique, mais aussi auprès de ceux qui n'avaient pas eu la chance de connaître ce musicien. En bref, de mettre des mots, des images sur sa musique. La leçon de morale et le boycot de Kdm sur mon livre me laissaient espérer que sa biographie était parfaite en tous points. Hélas ! Ce long exposé des faits (5 parties) est extrêmement décevant.
Mais avant de donner les raisons de ma déception, je tiens à préciser une chose très importante : Kdm a fait un travail admirable dans la carrière du musicien. En tant qu'archiviste il a su préserver l'œuvre de Klaus, tant sur le plan des documents sonores que pour des informations essentielles sur son travail en général : productions diverses, musiques de films, concerts, etc. Tout est méticuleusement répertorié dans la “bible” que constitue The Works et que tout amateur de Schulze devrait avoir dans sa discothèque.
Passons maintenant à la critique de cette biographie intitulée the KS STORY. L'écriture d'abord. Kdm n'est pas un écrivain et ça se voit, le style n'est même pas journalistique, mais du niveau d'un fanzine de lycéen, d'une rédaction basique des faits. Deuxièmement, s'agit-il de Klaus Schulze ou de Klaus D. Mueller ? Ce dernier ne parle que de lui, de ses rencontres musicales privilégiant le jazz, dont il répète au fil des pages que c'est sa musique préférée, de ses rencontres avec les musiciens en tant que roady, ce dont on se fiche éperdument. Et Klaus dans tout cela ? Rien. Que sait-on de son enfance, de sa famille, de ses différents états d’âme lors de telles ou telles compositions, des liens historiques entre sa vie personnelle, l'histoire et son art, son inspiration. Les préoccupations majeures de Kdm étant l'argent (contrats foireux, entreprises hasardeuses). À ce sujet, Kdm porte des accusations sur des personnes sans les nommer. Pourquoi ces mystères sur ces individus douteux qui ont truandé Klaus en profitant de sa gentillesse. Pourquoi ne pas citer Florian Fricke qui a vendu son big moog à Klaus ? Pourquoi cette falsification de la réalité lorsqu'il dit que le concert au Théâtre de l’Ouest Parisien en 1973 fut un succès alors que les 2/3 de la salle ont hué les musiciens allemands, leur reprochant de ne pas jouer du rock. Je le sais, j'étais dans la salle. En résumé Kdm n'a pas écrit une biographie, parler de Klaus a été l'occasion pour lui de ne parler que de lui, on n’apprend rien sur notre musicien allemand préféré, et cela n'a même pas d'intérêt littéraire.
Au regard de la critique portée par Kdm sur Un saut dans l’inconnu, j’étais en droit d’attendre davantage de professionnalisme pour cette biographie qui n’en est pas une, d’une part, et d’autre part on se demande pourquoi Kdm s’évertue à écrire sur Schulze alors que visiblement il n’apprécie pas sa musique. La façon dont il parle de l’opéra Totentag, révèle toute sa méconnaissance en matière musicale, qu’il fonctionne avec des schémas traditionnels et conventionnels, ce qui est à des milliards d’années lumières de l’esprit artistique du compositeur. Et enfin, à l’inverse de Kdm, ma critique s’est construite sur la lecture de son article alors que Kdm a jugé mon livre sans l’avoir lu, se référant uniquement sur des préjugés et le fait que je ne lui ai pas demandé l’autorisation pour écrire ce livre. Klaus Schulze mérite mieux en terme de biographie et espérons qu’un jour un vrai biographe s’attèle à cette tâche.
Quoiqu’il en soit, Un saut dans l'inconnu a remporté et remporte encore les louanges de la critique autant du côté des professionnels de l’édition que des amateurs, ce qui est pour moi ma contribution modeste à l’œuvre de Klaus Schulze et un juste retour pour tous les plaisirs que sa musique m’offre à chaque fois que je l’écoute.
|