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.DREAMS OF MYSPACE : "THANKS FOR THE ADD"
CD - Artistes divers et variés - (67'00 - Spheric Music - SMCD 9101)
"Discipline", "autorité", "fascination" "répétition jusqu'à l'hypnose", "échos", pavent le chemin de toute mystique. Tout dans la musique psychédélique - et parfois électronique - de Turzi prédispose à la transcendance. Sous ces airs de concept fumeux, cet aspect ne doit pourtant pas faire oublier l'humour et la provocation qui sévit autour de A, premier véritable album de Turzi après le mini LP Made Under Authority. Explication par email avec l'Oberst Fuhrer de Reich IV himself, le gourou du krautrock français, Romain Turzi.
Peux-tu nous parler de "l'avant Turzi" ? De ton background en tant que musicien, tes centres d'intérêt dans ce domaine ?
Avant de monter à proprement parler "Turzi", c'est-à-dire avant de soumettre mes projets solo à l'acceptation de Record Makers, le label, j'ai joué dans différents groupes composés des gens avec qui je joue toujours aujourd'hui : Zara White, Taliban's Rock Action, Kim Il Song, Sonorama. Ensuite tout le monde s'est mis à faire la musique chez soi et pour moi, pas question de faire dans le trip hop vaseux. Ce que j'aimais c'était le rock allemand, les "B.O. ritales" et tout ce qui est noisy ou dissonant.
Quand, comment et pourquoi et né Turzi ?
Ce qui m'intéresse dans la musique et dans le fait d'en faire, ce n'est pas de maîtriser techniquement tel ou tel instrument, c'est d'arriver à le faire sonner comme je le veux, de le détourner de son utilisation d'origine et d'en faire autre chose. On détourne donc les instruments de leur rôle d'origine : les guitares et les orgues passent systématiquement à travers des synthétiseurs analogiques avant de finir dans une chambre d'écho qui a pour but d'arrondir un peu les angles. Aujourd'hui cette musique s'apprécie sur le moment, chacun est libre d'interpréter à sa façon les pièces qu'on lui propose. Nous proposons, vous interprétez.
Pourquoi A ? Qu'est-ce qui se cache derrière cette déclinaison alphabétique ? "A", "Alpes", "Animal Signal", etc…
A c'est une ouverture, un début, une façon très simple de commencer une histoire ou plutôt l'Histoire. Appeler cet album A, c'est un peu comme si l'album s'appelait "album 1" ou un "1" ou LP1. De plus, la majorité des morceaux de cet album sont en La (A) c'est la fondamentale la plus simple à jouer à partir d'une guitare normalement accordée. Alors, l'album s'appelant A et pour fasciser un peu plus ce concept on a fait en sorte que les morceaux commencent tous par cette lettre.
Te considères-tu comme un musicien d'idées, de concepts ?
Je ne me considère pas comme un musicien d'idées mais le fait est qu'un album sans idées, sans concepts, m'emmerde au plus haut point. Je n'aime pas les gens qui s'associent à tel ou tel style musical et qui calquent leurs icônes. Je pense que l'intérêt de la musique est de produire quelque chose d'original, toute la difficulté est d'arriver à imposer ses visions, sa personnalité dans la musique. Ok, elle peut être influencée mais si ces influences ne sont pas digérées, "NO Way !", tu n'accroches pas et l'autosatisfaction est nulle.
Parle nous de Reich IV ?
Le point de départ était de constituer un groupe pour "exécuter" mes morceaux, chacun se voit attribuer des parties simples voire monotones et c'est la juxtaposition de celles-ci qui rendra l'ensemble cohérent. Reich IV c'est un nom un peu provoc qui évoque Steve Reich auquel on préférera aujourd'hui l'entité "Four Organs" : un peu comme le prolongement de mon corps, les bras qui me manquent pour accomplir cette musique. Concrètement ces Four Organs c'est une section rythmique sèche et tendue à l'extrême : un batteur que l'on place toujours au premier rang et un bassiste qui fait tout pour se faire oublier : batteur et bassiste ne font qu'un. Puis un second guitariste et un clavier dont les maîtres-mots sont : digression et ensorcellement. Chacun est libre de jouer plus ou moins ce qu'il veut tout en respectant une contrainte forte : le squelette du morceau. Enfin, l'endroit dans lequel nous jouons, la disposition et les aspirations de chacun font que les morceaux changent au fil du temps.
Avec Turzi et Record Makers, tu fais référence à une tradition non-anglo-saxonne de la musique pop, peux-tu nous en dire plus ?
La musique anglo-saxonne c'est la norme, un langage, une donnée. L'idée ici, c'est de se servir de ceci pour proposer quelque chose de différent. C'est un outil dont nous nous servons pour dépasser sa propre fonction et tendre vers l'au-delà. Comme les groupes "pop", nous avons une batterie, une basse, deux guitares et un clavier... mais la finalité est différente. Ce qui m'a séduit chez Record Makers c'est l'originalité de leur catalogue, ils ne sont pas limités par un étiquette ou une tendance et je trouve cela très important pour un artiste qui leur confie ses éditions. Par ailleurs, ce sont des gens que j'ai plus ou moins toujours connu (origines Versaillaises obligent) c'était donc "naturel" de travailler avec eux.
Penses-tu comme certains que le krautrock (le terme devrait plutôt être "rock électronique, répétitif et hypnotique" dans ton cas, "kraut" faisant clairement référence dans le terme de l'époque à une manière de critique sur le rock allemand) est un mouvement qui n'est jamais mort et qui persiste durant les 80's et les 90's ?
Holger Czukay qui faisait du sampling en 71, ok c'était l'élève de Stockhausen mais lui au moins il en a fait quelque chose de plus vivant... Michael Rother et son mono accord de 20 minutes... Ralf et Florian de Kraftwerk et leur fameux regard complice.... Les Allemands ayant eu besoin de se refaire une image, n'ont pas hésité à bousculer les principes communément acceptés de la pop musique, l'idée était de produire une musique identitaire forte non cloisonnée. Ça a donné des choses très intéressantes qui continuent à briller aujourd'hui dans la mesure où elle ont servi à introduire et asseoir des styles musicaux qui aujourd'hui font l'unanimité. Quelqu'un comme Manuel Gottsching (Invention for Electric Guitar, New Age of Earth, Private Tapes, E2-E4) mérite une reconnaissance sans limite, il a introduit la techno dans les 70s merde !!! Pour moi, ces gens-là sont des Grands, ils valent bien plus à mes yeux que leur homologues américains de l'époque.
Peux-tu nous parler des raisons qui te poussent à parler de Jésus constamment dans ta musique ? Boutade, concept ou réelle conviction ?
Education catholique, catéchisme, pensionnat etc. En plus j'ai habité les vingt premières années de ma vie face à une cathédrale...J'ai donc baigné dans une éducation religieuse sans forcément me poser la question... Aujourd'hui j'aime voir dans tout ça l'aspect fascinant et presque chamanique de la religion, qu'elle soit musulmane, judaïsme ou catholique c'est un peu de l'endoctrinement... La croyance en l'au-delà, c'est une des composantes du psychédélisme non ? Aujourd'hui j'écoute de la musique iranienne, turque, des chants orthodoxes et de la musique moyenâgeuse car dans chacune de celles-ci je retrouve le côté "transport de l'esprit et relaxation cérébrale"... Mon éducation c'est celle-ci et j'y tiens.
Et pour l'aspect "disciplinaire" revendiqué sur tes pochettes ?
C'est l'orientation de cette musique qui est disciplinaire, la musique, elle, reste malléable et adaptable selon les circonstances dans lesquelles nous la jouons, selon nos envies et effets du moment. En revanche son interprétation vous appartient, nous proposons des atmosphères, des tableaux et jouons sur l'enchaînement de ceux-ci. C'est donc une musique subjective et suggestive.
Tes projets après A, en tant qu'artiste mais aussi label manager ?
Un concert pour la sortie de l'album le 28 Juin à la Boule Noire (Paris), Sonic boom (ex co-leader des fameux Spacemen 3, NDR) ouvrira pour nous. J'aimerai sortir un album entièrement électronique avant 2008 avec de longues plages évolutives...A sort aux Etats-Unis en septembre, nous tournerons là bas tout le mois d'octobre. Sinon parallèlement à tout ça je suis à l'origine, avec mon acolyte/ manager/bassiste Arthur (Turzi exécutant D, ex Record Makers) d'un label que nous avons fièrement nommé Pan European Recording. Nous proposons une musique française qui tend à contrer l'hégémonie anglo-saxonne en arborant fièrement les couleurs d'un certain psychédélisme "à la française" ou tout du moins "vieille Europe". L'idée est de mettre en valeur les groupes talentueux qui nous entourent (Aqua Nebula Oscillator, One Switch to collision, Total Peace, ...) et nous inspirent. Aujourd'hui le marché français nous vomit une musique standardisée, sans saveur et malheureusement sans discours, l'idée est de redorer humblement le blason de la France... En tout cas, dans notre catégorie. ce qui est surprenant dans tout ça, c'est que les Français attendent cela depuis quelque temps, nous sommes très bien accueillis et notre première sortie ("Voyage : Facing the History of French Modern Psychedelia") est américaine !!! Je vous rassure, nous la sortirons en France dans un deuxième temps... En septembre par exemple.
Pour ce qui est de mes projets plus "personnels", mon premier enfant va naître ces jours ci, et c'est à cette petite fille qui n'a pas encore vu le jour que j'ai voulu dédier ce disque.
Maxence Grugier
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