cosmiccagibi
 
 
.interview Klaus Schulze | Paris, 16 janv. 08
 
     
 

Klaus Schulze a Paris
Klaus Schulze fidèle à lui-même.

Hôtel Adagio “ApartHotel”,
14, rue du Théâtre, Paris 15 - 11.50

michael schimtz - olivier garnier   Sincères remerciements
à Michael Schmitz
et Olivier Garnier

Nous sommes au 29éme étage de l'un des plus hauts hôtels de la ville... Chambre assez petite, au confort simple. Vue magnifique sur Paris. Klaus Schulze est assis dans un imposant canapé rouge. À notre entrée nous le saluons chaleureusement ! Il nous accueille avec une gentillesse touchante. Il est certes toujours bien marqué et fatigué, mais avec une bien meilleure mine que lors de notre rencontre de juillet 2006, chez lui.
 

Christian lui offre des photos récemment retrouvées (le reste du premier lot). Les tirages sont superbes. Klaus est aux anges et le complimente avec chaleur.
Enfin, mon matériel est branché, la cassette chargée...

Here we go !

Klaus Schulze : Je vous présente Michael Schmitz, du label Revisited Records. il était auparavant boss de Inside Out, chez SPV, mais il l'ont en quelque sorte muté. J'ai profité de cette période de transition et qu'il ait un peu moins de boulot pour qu'il devienne mon manager.
C'est quelqu'un de précis, sur lequel tu peux compter; quand il dit quelque chose, il le fait. Puis le fait qu'il ait participé à toutes ces dizaines de rééditions ces deux dernières années font qu'il connait en profondeur tous mes disques.
Olivier : Il semble y prendre plaisir et aimer ça, c'est clair...
K. S. : Ce que veux rajouter aussi c'est que depuis qu'il a quitté la tête de SPV, ça tourne moins bien du coup - par exemple tu sais Ruth Albus, la jeune femme qui a fait les photos du livret de Kontinuum, je leur ai demandé au moins de lui envoyer un exemplaire du disque du fait de sa participation et... rien... elle m'a appelé un jour pour me dire " Klaus, j'ai acheté ton disque", je lui ai répondu "mais tu es folle ou quoi ?!"
O. : C'est pareil pour Christian qui a donné toutes ses photos sans conditions.
K. S. : C'est un manque de politesse ! Autre chose aussi : il existe maintenant une réédition japonaise de mes vieux albums des années 70 (Arcangelo Japan Limited Paper Sleeve Edition). Et bien je n'en ai pas encore vu un seul ! Ils m'ont carrément oublié !
O. & Michel : Nous en avons un avec nous, Body Love. Attention c'est le notre, on te le montre et tu nous le rends !
M. : J'ai acheté toute la série... regarde c'est beau non ?
K. S. : Michel la prochaine fois que tu les contactes dis-leur de m'en envoyer un exemplaire de chaque, ils m'ont oublié !

klaus schulze body love
Découverte du "Body Love” publié chez Arcangelo Japan.

O. : Je sais tu n'aimes pas cette pochette... tu avais demandé à l'époque que la maison de disque change le visuel.
K. S. : Oui mais c'est beau et brillant comme pochette avec le format du LP et en plus c'est la pochette originale ! Regarde ça comme c'est beau, ils sont tous comme ça ? Y-a-t'il quelque chose comme un livret dedans ? Ah oui ! ils ont mis le livret de InsideOut [Klaus prend le livret en japonais et demande si je peux le lui lire... En s'amusant il fait semblant de lire en japonais et dit “Ça c'est faux !" on éclate tous de rire ! Il détaille les photos au dos de la pochette et reconnait Lasse Braun au Georges V].
K. S. : As tu montré ça à Michael ?
O. : Oui il ne l'avait jamais vu non plus !
K. S. : Comment l'avez vous eu ?
M. : Nous l'avons commandé au Japon, sur eBay.
K. S. : Ils les vendent dejà ?
O. : Ils vendent les huit premiers albums (note : la PromoBox Vol. 1 - 4 cd - est épuisée). Michael nous a dit que vous aviez signé pour la réédition en pressage japonais de tous ceux de la période 70'.
K. S. : C'est vous mes amis qui venez me montrer mon nouvel album ! C'est quand même dingue : On ne peut pas parler de mon nouvel album, je ne l'ai pas encore. Dites moi de quoi il a l'air ? [Rires... comme tout au long de cet interview vraiment informel...].
O. : Oh c'est un chouette album, tout le monde l'a ici tu sais...
K. S. : Depuis que Michael n'est plus avec eux (SPV), la relation est moins directe pour ce genre de travaux relationels importants, comme avec ces japonais. Ça marche toujours, mais Michael les appellait tous les jours et ainsi ils n'oubliaient rien, il leur expliquait tout. Moi je les ai eu deux fois au téléphone et depuis le départ de Michael de la boîte nous avons moins de contacts. Mais voyez-vous je ne peux pas en faire la promo car je ne les ai pas en main. Je peux juste dire que mes amis me l'ont montré et c'est tout.

Comme un dj...

arp 2600Michel lui offre une maquette de ARP 2600, dans la lignée de celles qu'il a déjà créées. Klaus est très touché et sa voix se fait moins forte, plus douce.
K. S. : Ah c'est beau ! C'est l'un des instruments que j'ai le plus utilisés !... Ah c'est beau ! Grâce à toi, j'ai presque tout mon équipement en modéle réduit maintenant...
M. : Avez vous reçu mon mail à ce sujet ? Je vous demandais si je pouvais faire un diorama complet d'un concert de vous...
K. S. : Oui je l'ai reçu mais je n'avais pas bien compris ce que tu voulais...
M. : L'autorisation d'utiliser votre nom dans la présentation de ce diorama.
K. S. : Mais il ne faut pas me le demander, bien sûr que tu peux Michel ! Ah j'adore ces petits synthés, en plus tout est parfait, même le dos est détaillé, on peut voir les connexions derrière le Big Moog ! J'adore au point que j'ai demandé à Ruth Albus d'en faire des photos ! Mais il n'y avait pas assez de place dans le livret, dommage. Tu sais, bien des gens me disent "tu vas finir par avoir tout ton équipement miniaturisé - tu es devenu un DJ - vous savez les DJ ils ont des instruments miniatures. Je vais le garder bien protégé pour le voyage car je ne veux pas l'abimer ! C'est incroyable !

klaus schulze sdiycut
Toujours le même enthousiasme...

M. : Ah merci !!! Sans votre accord je ne me serais jamais permis de le faire. Actuellement je travaille sur un nouveau modèle : le AKS Synthi A vous savez, avec sa petite valise...
K. S. : Ah tu fais celui là aussi ? ! [Klaus a les yeux écarquillés et ne lache pas son joujou des mains] Tu sais, pour les futures rééditions, je suis en train de signer un contrat avec SPV pour sortir en coffret la Ultimate Edition, en une boîte de 50 cd, et dans cette réédition il y a pas mal d'enregistrements des années 70'. Nous allons probablement faire 4 pages à ce sujet, illustrées par ce genre d'équipement et prendre en visuel tes miniatures. Donc utiliser tes maquettes.

klaus schulze
Souvenirs...

M. : Je vais vous envoyer les autres modéles existants et ceux que j'ai en cours dès qu'ils seront prêts. Vous pourrez les utiliser à votre guise !
K. S. : et toi tu peux les vendre si tu veux !
[Rires francs de tout le monde !]
K. S. :
Tu vois je vais faire un genre d'exposition avec tes maquettes car je n'ai plus les instruments originaux tu sais bien...
M. :
J'ai fait cette maquette à partir du mien.
K. S. : Ah oui tu en as un ! Et tu en joues en ce moment ? C'est vraiment un très bon instrument ! La première fois que j'en ai joué, début 1974, j'étais heureux comme tout car il y avait deux tonalités et je me suis écrié "Whouaou deux tonalités !" car tous les autres à l'époque étaient monophoniques, les Moog, le AKS.
M. : Le ARP Odyssey le fait lui.
K. S. : Oui mais je l'ai eu un peu plus tard la même année, il n'était pas dispo à l'époque. Le premier Odyssey que j'ai eu c'est le blanc qui était lui duophonique, et aprés j'ai eu le noir avec ses boutons môches qui ressemblent à des bonbons pour les gosses. Enfin plus tard ils ont sorti un autre synthé, tu connais le ARP Quadra ?
M. : J'en ai dejà vu un...
K. S. : Je n'en ai jamais eu car il était bien trop cher et je ne pouvais pas me le payer. Lui avait quatre tonalités et tu pouvais jouer des harmonies. Je l'ai vu et
l'ai essayé dans un magasin et me disais "Whouaou c'est chouette" mais je crois que le prix était de 50.000 DM ! Pour le 2600 j'ai payé 10.000 DM, donc 50.000 c'était vraiment pas possible ! Pas possible ! Deux ans plus tard pour 20.000 DM je m'achetais le Modular System de Florian Fricke. Tout était cher à l'époque. Tu sais les Minimoog étaient à 5.000 DM, je les ai pris à crédit et je payais 500 DM par mois pendant une année...
O. : Dans tes trois décennies de carrière est-ce que des grosses compagnies t'ont offert du matos, comme si tu étais représentant de leur marque ?
K. S. : Tu sais lorsque je fus connu et reconnu, toutes les compagnies ont voulu me donner du matos gratuitement. Lorsque j'étais au début de ma carrière il a fallu que je me saigne aux quatre veines pour m'acheter tout ça. Ils se servaient de moi et de mon image comme d'une promotion, je leur disais "Maintenant je peux payer !". Ils insistaient pour que ce soit gratuit. "Non Mr Schulze, allez-y c'est gratuit !". Je leur disais alors "Oh vous auriez dû venir me voir il ya dix ans de celà...".

Avec Lisa Gerrard... une évidence

lisa gerrard
O. : Mais parlons un peu de ton projet de disque avec Lisa Gerrard, Cette collaboration était dans l'air depuis plus de quatre mois.
K. S. : Oui ça c'est incroyable, nous sommes restés en studio environ 6 heures en tout ! et nous avons fait en deux jours du matériel pour faire un double CD... Cela donnait l'impression que nous avions travaillé ensemble depuis des années. Le premier jour elle arrivait de Moscou (concert du 22 Novembre), j'allais passer à table et elle aime beaucoup la bière allemande ! Elle logeait à l'hôtel dans un village voisin. Nous avons pas mal discuté. Elle m'a proposé de revenir le lendemain à 13 heures. Ouf ! Pour enregistrer cela me semblait très tôt... Mais le lendemain à exactement 13 heures la voilà qui se pointe. Arrivée dans le studio..." Klaus..." "Oui ?" " Puis-je chanter ?" "Mais tu ne veux pas d'abord que l'on se pose et qu'on écoute la musique que j'ai composée pour toi ?". "Non, non jamais avant..." alors je lui lance des morceaux que j'avais préparés pour elle quelques temps auparavant. Je commence par celui structuré avec une petite séquence. Elle me dit "les Bip-Bip-Bip-Bip je ne veux pas les entendre - bon, je les shunte - "La batterie, hum, un peu moins fort s'il te plait. Les cordes : à fond !". Voilà. "Bon, Klaus Schulze... je peux chanter ?"...
On était tous dans le studio et je demande à Tom Dams (Solar Moon System / Ballett / Moonlake) de l'enregistrer car moi à une heure de l'après-midi, c'est pas la peine, tu te pointes 10 heures plus tard OK, je suis prêt mais là... c'est bien trop tôt ! Et de plus Tom a plus l'habitude et il est plus au point que moi pour enregistrer les vocaux. Alors je lui dis "Tom elle veut chanter !". Il appuie sur "Recording" et elle commence à chanter le morceau alors qu'elle ne l'avait jamais écouté, les cordes ressortaient incroyablement avec sa voix... Le morceau durait 30 minutes. Au bout de 18 minutes elle s'arrête subitement et demande "Ça tourne toujours là ?" je lui réponds que oui, je lui propose d'écouter le reste, soit à peu prés 10 minutes 50', elle écoute deux minutes puis se remet à chanter sans rien nous demander. Pas besoin d'en écouter d'avantage, on continue... !
Le morceau suivant durait vingt minutes et elle ne le connaissait pas non plus.. Donc, au bout de 20 minutes le morceau s'arrête, bien sûr ! Elle me regarde toute étonnée et me demande "Klaus, c'est déjà fini ? ". "Lisa, avant tu m'as dit que c'était trop long, maintenant tu trouves que c'est trop court ?" "Oh oui mais c'est tellement beau... c'est juste que je voulais savoir combien de temps ça dure...". "Oui Lisa mais tu ne me l'as pas demandé au départ."
Finalement je lui dis OK, je te mets le compte à rebours sur l'écran géant ainsi tu pourras voir combien de temps il te reste. Bon on travaille ainsi quatre heures et d'un coup elle m'annonce qu'elle a faim et qu'elle veut aller manger tout de suite. Nous y allons tous ensemble et c'est là qu'elle me dit "Demain on commence à 11 heures !". Je me suis dis " Oh mon dieu, 11 heures ! Pff ! Bon, d'accord...
Le lendemain, 11 heures pétantes, Lisa est là... Je lui présente les morceaux restants, afin qu'elle choisisse. Elle écoute les débuts et me dit "Enlève les Bip-Bip-Bip, je ne les veux pas", moi je shunte les séquences, "la batterie très basse, les cordes à fond, et aujourd'hui je veux de la reverb. Beaucoup !". Elle voulait être dans une cathédrale tu vois... J'aime beaucoup la reverb, mais là il y en avait peut-être même un peu trop pour moi !

AlphaLyra - Music for the Stars
  Alpha Lyra / Music for the Stars AlphaLyra - Music for the Stars AlphaLyra - Music for the Stars

Et elle n'aime pas porter de casques. Il a donc fallu qu'on lui installe des enceintes pour qu'elle entende la musique, elle voulait qu'on laisse la porte ouverte et du coup sur le canal d'enregistrement de la voix on avait le son des enceintes mélangée à la musique. Tom a été obligé de ruser pour que l'on ait plus que la voix de Lisa dessus. Elle chantait sans faire la moindre erreur, incroyable. Et d'une rapidité ! Chaque chanson en une seule prise, sans aucun overdub, pas de répétion de ses phrases, parfait !
Au final elle me dit "Klaus tes harmonies me sont si familières, allez passons à la prochaine chanson ! ". "Mais Lisa je n'ai pas d'autre morceau, je n'ai enregistré que 5 heures de musique pour toi et là on a tout fait. "Elle se retourne vers son assistant manager et lui demande de changer les réservations d'avion pour Bornéo et pour le japon, afin de pouvoir arriver plus tôt pour l'enregistrement d'une BO de film...
Puis nous avons discuté durant trois heures comme ça, pas du tout de ce que nous venions de faire mais sur la musique en général et sommes arrivés à la conclusion que nous allions à nouveau collaborer ensemble, une fois par an. J'en étais enchanté. Ce ne sera pas un album de Schulze avec Lisa Gerrard en guest mais plutôt un genre de projet comme The dark Side Of the Moog. Nous étions tous les deux très heureux de nous étre rencontrés car je suis un vieux fan de Dead Can Dance et des ses projets en solo. Et elle de son côté aime beaucoup ma musique. Elle m'avait dit "Je suis en tournée en Europe et aprés je passe par chez toi". Je pensais qu'elle risquait d'être bien fatiguée à la fin de sa tournée. Mais elle avait plutôt l'air de revenir de vacances, toute pimpante et très active. Elle semble timide, elle est très fine et fragile, mais face à un micro c'est un monstre - avec sa voix immense - elle n'est pas sûre de sa façon de s'asseoir, elle est discrète - incroyable. Je n'ai jamais eu l'occasion de bosser avec une telle professionelle, je veux dire le reste était différent, elle était parfaitement au point.
O. : Je suppose qu'au moment où elle se met à chanter elle épouse parfaitement la musique, elle l'enveloppe, en modulant sa voix.
K. S. : Oui ça coule de source en mode mineur... elle semble avoir entendu le morceau des dizaines de fois pour parvenir à s'y coller aussi bien, c'était un travail fascinant et la compagnie SPV a aussi beaucoup aimé la musique. Mais nous ne savons pas encore si on va sortir un simple ou un double album - ils disent qu'un double se vend moins bien... tu sais ce ne sont pas des amis mais des business-men. C'est pas si facile même si j'ai des bonnes relations avec eux, ils sont bien capables d'oublier le projet et que ça ne se fasse pas.

Quelques photos prises lors de ces enregistrements
sont visibles sur le site officiel de Klaus Schulze.

klaus schulze sdiycut
... et le même humour !

Des concerts, des projets...

O. : Alors prêt à faire ce concert à Bologne le 8 Avril ?
K. S. : Et celui de Paris aussi mais j'attends que vous parveniez à arrêter la date toi et le producteur car il est question que je le fasse soit à La Cigale ou à l'Espace Pierre Cardin.
O. : J'ai vu ça avec Assaad et il vaut mieux que ça se fasse à La Cigale, car on y met plus de monde. (note : ce sera le dimanche 06 avril à La Cigale ! Réservation sur : ticketnet.fr, digitick.com et fnacspectacles.com).
K. S. : Oui j'aime beaucoup cette salle. La dernière fois que je suis venu sur Paris c'était là bas. Il y a combien de temps ?
O. : 14 ans Klaus...
K. S. : Oui c'est incroyable comme le temps passe vite. Bon on va finaliser ça avec lui et on dit aux journalistes que le concert se fera à Paris voilà tout !
O. : Ce concert risque d'étre Sold Out.
K. S. : Je pense aussi. Tu sais on est allés à la Maison de la Radio hier pour faire une interview et le gars, le directeur du programme, Serge Levaillant, c'était très surprenant, il s'est agenouillé et m'a baisé les pieds ! Je lui ai dit que pour moi c'était un grand honneur ! Et juste au moment où j'allais rentrer en studio, Claude Lelouch en sortait. Je lui ai serré la main et lui ai dit tout l'amour que j'ai pour ses films. C'était pour l'émission "Sous les étoiles exactement" mais qu'est ce que ça veut dire ce titre ?
On le lui traduit "Under the stars exactly" (clin d'œil à Serge Gainsbourg). C'est une émission qui est diffusée tard et qui permet ainsi de diffuser de longues plages musicales.
K. S. : Oui ce gars m'a dit que ce serait une émission d'une heure et qu'avant le concert d'avril il allait me demander de revenir le voir pour une autre émission, spécialement faite pour le concert. Arte, qui va m'interviewer aprés vous, m'a proposé deux shows TV avant le concert. Aujourd'hui nous faisons une interview généraliste et plus tard je leur apporterai des videos des années 80 (I.C) pour qu'ils puissent insérer des images de l'époque dans l'interview. C'est marrant mais bien des fans pensent que je suis mort !
[On fait des drôles de têtes nous qui l'avons vu très diminué]. Cool les gars... tant que j'en parle dans ces termes tout va bien !

klaus schulze sdiycutTant de projets en tête !

O. : J'ai lu, dans le livret de Ballett 4, un extrait d'interview que tu as donnée en septembre 2007, où tu dis qu'il serait peut-être question qu'un jour tu rejoues des vieux morceaux, des titres phares de ta carrière comme Moondawn / Timewind / Mirage.
K. S. : Oui en effet c'est vrai, c'est dans l'objectif de jouer au Royal Albert Hall pour faire une soirée "Classic Night", où je devrais jouer des vieux trucs. La compagnie m'a demandé de faire ça et je leur ai suggéré de passer mes disques, comme je le dis d'habitude... Mais l'idée est de faire un DVD de ce que nous ferons à Loreleï et à Bologne et alors il serait bien d'avoir dans mon premier DVD des titres "classiques". Ainsi nous aurions un genre de combinaison des deux périodes. Le truc c'est que je ne sais pas comment jouer ça sans le matériel, et du coup je n'ai pas encore décidé quoi faire.
O. : Ah ! Alors peut-être que finalement un DVD officiel de K.S va finir par se faire. Mais c'est révolutionnaire ça !

[Michael rentre dans la pièce. Klaus lui montre avec fierté les cadeaux qui lui ont été offerts. Michael donne des cd à Christian et le remercie pour les belles photos offertes pour les rééditions.
Klaus regarde sa montre et je lui dis que nous n'allons pas tarder à partir. Il nous rassure aussitôt en nous disant qu'il a l'habitude de faire ça pour savoir où il en est des interviews.]

O. : Elfi est-elle venue avec toi ?
K. S. : Oui, elle est en train de visiter le Louvre en ce moment. Hier elle a vu la Tour Eiffel et a fait le tour de Paris en bus, et bien sûr elle a fait les soldes !
[Michel lui donne deux petits cadeaux pour elle. (des livres)]
K. S. : Elle vous embrasse très fort et elle est désolée de ne pas pouvoir être là pour vous, mais comme elle n'est jamais venue à Paris avant elle n'a que deux jours pour en faire la visite. Elle a été impressionée par la Tour Eiffel qui scintille. Le soir en plus en hiver c'est plus tôt, alors elle est là avec son appareil photo pour essayer de la prendre quand ça scintille au maximum... elle rate souvent ! De toute façon elle est toujours en vadrouille.
O. : Tu la laisses dépenser tout ton argent gagné avec tes disques, tout craquer à Paris.
K. S. : Oui il va nous falloir vendre la maison à présent et tout le matos, on va rentrer, les banquiers vont nous dire "Désolé c'est plus la votre", "Le studio ? on a dejà tout vendu !"
O. : Dommage que le temps soit si gris, pour faire la découverte de Paris.
K. S. : Oh hier c'était pire encore alors que nous allions vers la Maison de la Radio. De toute façon, comme beaucoup de femmes, elle ne met pas le nez dehors, toujours dans les rayons des magasins et elle se moque de savoir si il pleut, elle n'a absolument pas conscience du temps qu'il fait. Et puis au Louvre on est sous terre ou dans des immenses bâtiments et comme elle sait que les interviews durent jusqu'à 20H30, elle a le temps.
Le Louvre est si grand qu'elle risque de n'en voir qu'un pour cent mais elle s'est fait un plan avec les tableaux qu'elle veut voir. Je vous remercie pour les cadeaux (note, un des livres est un guide de Paris !). Elle m'a demandé "Est-ce qu'Olivier et ses amis reviennent te voir ?". J'ai regardé sur le planning et lui ai dit que oui. "Oh mais je serai au Louvre à ce moment là " fait-il avec la voix de Elfi, avec un air désolé. De toute façon on va très bientôt se revoir et vous la verrez aussi. Elle vous embrasse. Vous êtes si gentils, vraiment. Michel avec tes petits synthés que tu vas continuer à construire, les photos de Christian et ta gentillesse Olivier ! Vraiment ! On reste en contact !
O. : Nous sommes si heureux d'abord de la musique que tu nous composes et aussi de te voir en bonne santé, en bien meilleure forme.
K. S. : Mes muscles vont mieux. Hier nous sommes allés à pied d'ici à la Maison de la Radio et je n'avais pas marché autant depuis deux ans. J'avais très mal. Et puis nous sommes allés à la Coupole...
O. : La dernière fois que tu nous as parlé de La Coupole, tu rêvais sur les profiteroles au chocolat.
K. S. : Ah oui je me rappelle, mais ils n'en font plus !
O. : Mais peux-tu, aprés ta convalescence, manger de tout ?
K. S. : Oui bien sûr de tout, même du sucré, mais en fait avant ma maladie, j'étais beaucoup trop gros et maintenant je n'ai pas envie de regrossir vous savez, je me sens mieux comme ça. Alors je fais un peu attention à ma ligne. Un peu....
O. : Oui reste comme ça, tu as un bon look ! Eh tu viens d'avoir 60 ans Klaus !
K. S. : Oui merci Olivier, je sais... À ce sujet à Radio-France quand j'attendais quelques minutes que Claude Lelouch sorte de l'interview, je me disais "Ouh il doit être très âgé le gars". Ils m'ont dit qu'il avait 65 ans, je me suis dit "merde j'y suis presque !". Il avait des cheveux blancs... J'étais content de le voir et j'aime aussi François Truffaut. Et les films de Jean Luc Godart, mais il n'est pas mort lui ?
O. : Non il est discrètement dans un coin quelque part.
M. : En suisse.
K. S. : Ah il est en Suisse, il doit dépenser son argent avec nos taxes !
O. : Pour ton concert à Loreleï le 18 Juillet en Allemagne, tu joues avant Tangerine Dream ?
K. S. : Non, aprés eux.
O. : Et vous avez en projet de jouer ensemble avec Edgar ?
K. S. : Non en fait moi et Edgar sommes éloignés musicalement et ça ne colle pas. Au départ Manuel Göttsching devait jouer avant moi mais à cause du light show et des écrans qu'il utilise il ne vient pas. Nous avions pensé jouer ensemble, mais pas avec Edgar. Lui fait des morceaux plus courts et jouer avec deux claviers et tout le reste du groupe c'est un peu trop compliqué en fait. Je me sens beaucoup plus proche de la musique de Manuel que de celle d'Edgar. C'est impossible de monter un truc rapidement conmme ça entre nous tu vois. Manuel lui vient se greffer dans mon truc avec sa guitare et ça coule tout seul.
O. : Un peu cette formidable capacité qu'a Lisa Gerrard de rentrer dans ton son et ton univers d'un coup d'un seul.
K. S. : Oui il cale sa guitare et ça tourne tout seul...
O. : Pour le concert à Paris j'avais eu l'idée, nous en avions parlé, d'une première partie assurée par l'un des meilleurs groupes E.M actuel, The Nightbirds. Mais Michael vient de m'annoncer que cette idée n'est finalement pas si bonne.
K. S. : Oui en effet, c'est gênant dans un concert. C'est différent dans un festival. Les lumières, la sono, tout l'équipement à déplacer... En règle générale je n'aime pas que quelqu'un joue avant moi. C'est pas du tout contre eux que j'en ai hein, tu comprends, mais j'ai fait ça une fois dans les années 70 avec un guitariste espagnol. Quel est son nom dejà ?
O. : Paco De Lucia !
K. S. : Oui c'est ça, Paco de Lucia ! Tu vois, un guitariste ça va, car il retire son micro, sa guitare, il reprend sa chaise et il ne faut pas des heures pour démonter son set. Et puis même je crois que le public n'aime pas trop ça. Il n'aime pas attendre que le premier groupe finisse de jouer et de voir le musicien vedette. Et ce n'est pas toujours facile pour le gars ou le groupe de la première partie car il sait que le public est là pour Schulze et j'estime que ce n'est pas bon pour le respect de l'artiste. De plus c'est difficile pour moi de concentrer mon énergie, par exemple si je dois jouer à 20 heures et que l'autre groupe n'a pas fini son set. Une partie de mon énergie retombe. Une fois en festival à Cologne (un truc techno) je devais jouer à 23 heures, et tout a pris du retard jusqu'à 1 heure du mat. Il y avait bien moins de spectateurs, la plupart étaient allés à la piscine ! Je me souviens aussi d'un concert au Royal Festival Hall (2000) organisé par ce gars qui a fait un bouquin sur le Krautrock, je ne sais plus son nom...
O. : Julian Cope !
K. S. : Oui, bien ! Je ne sais plus ce qu'il faisait en première partie, un "comedy show" ou un truc dans le genre, et nous étions Manuel et moi prêts à nous endormir... Alors le directeur de la salle vient vers nous pour me demander de raccourcir ma prestation car ils ne devaient pas dépasser 1 heure du mat. Nous avons été obligés de retoucher nos bandes et de changer nos plans. Oh c'était... Enfin, on a tout de même fait un bon concert qui est donc Gin Rosé at The Royal Festival Hall.
O. : Je vois que tu as avec toi un disque de Porcupine Tree. As-tu collaboré avec eux finalement ?
K. S. : Non et je ne crois pas que cela puisse être possible car ils ont un son assez lourd, heavy, mais nous risquons de nous rencontrer à Loreleï car ils jouent là bas aussi. On en reparlera j'imagine car ils ont envie de jouer avec moi.
Michael : Oui c'est en pourparler pour la date de Loreleï.
O. : Qu'en est-il de ce groupe allemand, Schiller, dont tu m'as parlé au téléphone ?
K. S. : C'est un mec seul, un poête allemand. Nous avons joué avec des musiciens de studio et ça c'est fait. Ça s'appelle "Sehnsucht". On y trouve un morceau et une video de 30 minutes, "Zenit", où je suis avec lui. Ça sort le 22 Février prochain. La semaine dernière j'ai pas mal bossé aussi, notamment pour Inner-Visions. C'est une compil ambiant d'un petit label de disques. Voilà. À présent j'ai fini toutes les collaborations en cours et je peux me préparer aux concerts à venir, car je ne veux pas jouer la même musique à chaque fois.
O. : Ce qui veut dire que nous devons venir à Bologne dans tous les cas !
K. S. : Organise donc un bus avec tes amis ! Les tickets ne sont pas encore en vente, je crois que ce sera au début du mois de février. C'est KDM qui s'occupe de ça car il a commencé avant que Michael ne devienne mon manager. Tout ce qui se passe depuis deux mois, un peu plus même, ce n'est plus KDM qui s'en occupe.
O. : J'ai la sensation que durant toutes ces années j'ai fait de mon mieux pour faire que ta musique se propage, je ne compte plus les heures passées à promouvoir ta musique ici en France, à distribuer les cd, à aider et informer les gens avec ma Newsletter, le téléphone (ce site !). Pour moi la meilleure façon de t'aider c'est de garder ce lien, ce contact avec toi.
K. S. : Et de juste dire la vérité comme tu le fais !
O. : Je ne m'emballe pas et les gens me font confiance. Mais parfois je suis bien enervé quand je reçois un mail agressif de KDM alors que je fais de mon mieux.
K. S. : Mais sache qu'il est pareil avec moi ! Avec Michael ça va être différent, j'ai un contact facile avec lui. Ceci dit KDM et moi sommes un vieux couple et je l'aime beaucoup.
O. : C'est donc Tom Dams qui continue de faire tous les mastering des rééditions.
K. S. : Oui, moi je préfère faire un autre album pendant ce temps.
O. : À ce sujet nous voudrions te féliciter pour Kontinuum.
K. S. : Oui c'est un bon travail, en somme très different de Moonlake. Qui lui a été fabriqué en deux parties, avec 2 ans d'écart entre les 4 morceaux.
O. : Oui, la deuxiéme partie est extraite de concerts en Pologne.
K. S. : Kontinuum est plus centré, plus intime. Je trouve sa couverture trop sombre, je l'avais vue sur l'écran à l'origine et c'était plus brillant. Là on peut difficilement lire le texte à l'intérieur, car c'est vert sur noir. Il sort le 3 mars en France !
O. : Plutôt problématique la distribution ici en France. J'en ai acheté un wagon en Allemagne à sa sortie là-bas, en juin ou juillet. Et en France officiellement il sort dans deux mois... Et comme le back-catalogue est chez Wagram et les nouveautés chez Nocturne... c'est un mic-mac incroyable. Normalement tout devrait rentrer dans l'ordre je pense... pas trop tôt.
K. S. : Oui c'est dommage. Ils attendaient que je sois mieux pour venir "officiellement" faire la promo de mon disque. Tant qu'il ne m'avaient pas vus en chair et en os le disque ne pouvait pas sortir...
[Nous regardons le livret.]

klaus schulze et alpha-lyra
Christian (alpha-lyra) & Klaus.

O. : Certaines photos sont de Christian là aussi. Et celle des Revox a été prise par Marie, dans mon Cosmiccagibi.
K. S. : Elle aurait dû être créditée !
O. : ... il est temps que nous te laissions.
K. S. : L'équipe d'Arte (Tracks) ne va pas tarder à venir et ils doivent installer les lumières et tout ça.
[Nous faisons quelques photos]
K. S. : Nous nous reverrons à Paris avant le concert en Avril ! Je dois donner plusieurs interviews, refaire de la radio et quelques télés, on se verra !
Nous tous ! Compte sur nous !
Klaus se lève et nous serre chaleureusement la main. Il demande à Marie si elle continue la guitare, en mimant le geste. Il rappelle à Michel qu'il espère recevoir d'autres modèles. Puis il me demande si je suis toujours en contact avec Dominique Roux et me presse de le saluer pour lui. Il dit encore une fois que son livre lui a beaucoup plu. Il nous invite aussi à ne pas traîner pour le ré-éditer (3ème fois !) ainsi qu'à en faire une version en anglais car des américains projettent de faire un livre sur lui.
Rendez-vous en avril Klaus !

Traduction : Olivier Bégué.
Photos : Christian Piednoir.

 
  sens de lecture  
 


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