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  Klaus Schulze Studio  
 
   
Une rencontre amicale 

Durant toute l'interview, Klaus, très expressif, bouge beaucoup, rit, fait de grands gestes et... des grimaces ! Bien sûr, c'est la "star" et nous rions de ses moindres plaisanteries, mais cet homme généreux a, d'évidence, un "charme fou" (dixit Michel).
Nous commencons par parler de la France. Elfi et Klaus rêvent de prendre le temps de visiter Paris...

AlphaLyra - Music for the Stars
 

K.S. : Non, et de toute façon il dira que c’est de la merde ou un truc approchant… (Rires complices de la troupe…). En fait il a dit la même chose de Tottentag. Entre temps il s’est marié et sa femme est une très grande fan de Klaus Schulze ! Et il a changé son point de vue... extraordinaire ! Et je lui ai dit « ça devait t’arriver Müller ! Ta femme est une vrai fan de K.S. ! ». Elle s’appelle Julia et elle se fait appeler Blanche et toute la journée elle écoute du Schulze et lui il craque ! Je lui dit « bien fait Müller ! bien fait pour toi ! ».

 
 
 
K.S. :
Je trouve épatant  et audacieux l’idée de mettre cette pyramide très moderne dans l’enceinte du Louvre... moi j’étais plus excité par le fait d’aller sous la pyramide que d’aller voir les vieilles croûtes dans le musée. L’entrée par laquelle tu arrives dans cette pyramide est superbe ! À Paris aussi j’adore aller manger à La Coupole. Ils ont un dessert là-bas... à l’intérieur c’est froid, c’est de la glace, et dessus c’est chaud avec du chocolat, c’est divin !

i have this kind of fans
who stand for me...

Elle est venue me voir, elle est de Petersburg, elle est ravissante et intelligente, parfaite pour lui mais le gros souci c’est qu’elle ne supporte pas le Jazz ! Alors que lui en est si friand ! Donc par la force des choses il doit revenir à la cruelle réalité : écouter du Schulze ! La première chose dans laquelle il a investi pour son ménage fut un bon casque audio, pour le lui coller sur les oreilles à elle.

O. : Est-ce que Elfi était fan de toi ?

 
 

Olivier : Oui, ça s’appelle des profiteroles...

K.S. : Exactement oui, je tuerais père et mère pour ça... c’est ça et leur Homard Thermidor mon dieu, enfin tout est bon là bas... C’est marrant tu y rencontres pas mal de musiciens connus mais la plupart du temps ils sont au bar et ne vont pas manger, ils sont là et discutent et boivent... mais je parle des années 70 évidemment.
Tu sais j’ai donné des concerts partout, j’ai beaucoup voyagé grâce à ma musique, mais je n’ai jamais vraiment eu le temps de visiter. Le plus souvent je glissais de l’hôtel à la salle de concert puis retour à l’hôtel et l’aéroport. J’ai sillonné le monde mais j’ai l’impression de n’avoir pas profité.

Les rééditions

O. :  Allez lançons-nous dans le sujet ! Nous avons eu un gros problème avec la distribution de tes CD en France, suite au fait que tu sois tombé malade et que tu aies involontairement repoussé la promo de Moonlake. Du coup tout fut comme "gelé". Nous avons été bien embêtés et obligés de les commander à l’étranger.

K.S. : Ah oui je suis au courant, ils se sont emballés bien vite quand ils ont vu que je ne pouvais pas quitter Oldau... mais après que tu aies appelé Mickael tout a fini par rentrer dans l’ordre récemment. De toutes façons je vais avoir la visite de Peter de chez Revisted Records et d’ici je pense deux trois mois je serai en mesure de venir en France pour faire quelques interviews et télévisions.
De toutes façons pour vous en France ce ne doit pas être très difficile de trouver mes albums, pas comme aux U.S.A. ou ailleurs où ils ont besoin de les faire importer... d’autant plus qu’ils risquent aussi de se retrouver avec des albums abîmés par le voyage. Comme par exemple en Russie aussi où rien n’est très facile à obtenir.

O. : Oui les Russes qui font des disques MP3 où l’on retrouve toute ta discographie sur un seul CD qu'ils présentent comme issu des enregistrements originaux !

K.S. : C’est original car personne avant ne l’a fait sur un tel support, disons plutôt ça ! Non... Je me souviens lorsque j’allais jouer lors de longues tournée en Pologne, les gens à la fin des concerts me tendaient des albums à signer et c’étaient tous des disques pirates... maintenant que l’Union Européenne s’est ouverte, ils continuent à faire ces pirates car c’est bien moins cher. Bien des petits labels allemands et d’autres plus gros sont allés installer leur bureaux là-bas pour avoir moins de taxes à payer, ils n’ont pas de soucis de Gema, notre Sacem allemande, ils n’en ont jamais entendus parler…
Ils sont réèllement décalés et bien des gens ignorent ce que c’est que le téléchargement. L’autre jour j’ai appelé un label là-bas et je leur dis « pas de problèmes on fait comme ça et je vous envois un email… et je t’enverrai un fax… » ils étaient paniqués car il ne savaient pas faire marcher leur fax… Étonnant non pour un gros label !

O. : Es-tu heureux de voir qu’après tant d’années tu parviennes encore à vendre tes vieux albums via cette vague de rééditions ?

K.S. : Non, pas plus que ça. Je vois que la compagnie SPV est heureuse de rentrer dans son investissement et de gagner de l’argent.  Pour ma part, hormis le fait que cela m’aide à avoir un bon revenu, non je ne ressens pas de plaisir particulier. Je suis un visonnaire et je souhaite évidemment que les prochains album se vendent bien...

O. : Moonlake, ton dernier album, s’est-il bien vendu ?

K.S. : Bon il est un peu tôt pour le dire. Tu sais il est sorti en décembre dernier et cela ne fait que six mois, il nous faut attendre décembre prochain pour dresser un bilan, mais tous à la maison de disques semblent  ravis de sa diffusion. S’ils gagnent de l’argent, j’en gagne aussi. Il vaut mieux ça que le cas de figure où seul l’artiste gagne de l’argent, la maison de disque paye l’artiste sur une avance des recettes et si les recettes n’entrent pas ils ne te signent pas pour de futurs projets.
Non vraiment il semblerait que tous là-bas (à Hanovre siége de Revisted Records) soient surpris d’un tel succès, notamment pour tous ces anciens albums que l’on vend entre un et deux milliers, voire trois milles exemplaires... de chaque album, ça dépend des titres... tu te rends compte ? Je trouve ça parfait car c’est en fait pour la plupart d’entre eux le troisième tirage, la troisième naissance... Sortis en vinyles, puis lors des rééditions en CD, puis épuisés et retirés pour certains. Voici la nouvelle réédition plus propre avec des belles pochettes et tous remasterisés. Que SPV en vende autant quel succès ! Quand on pense en plus que les gens l’avaient déjà avant !

Michel : as-tu attiré l’attention d’un nouveau public grâce à ces rééditions ?

K.S. : Oui, il existe un nouveau public mais que je ne connais pas. Ce n’est pas comme avant avec mes vieux fans assidus qui m’écrivent, viennent me voir après les concerts. On tisse des liens, mais pas avec cette nouvelle génération, ils n’écrivent jamais, ils consomment les disques dans des boites ou des clubs et font des remixes pour s‘amuser...
Totalement différents aspects... que cette nouvelle clientèle (en français dans le texte).

M. : Désolé pour le mot, mais nous sommes nous aussi des clients, des consommateurs...

K.S. : Oui c’est vrai, mais il s’est créé un lien durant toutes ces années. Regarde, nous nous rencontrons, nous parlons ensemble, nous sommes comme liés, en connection, j’ai bien ce sentiment de la part de mes fans…
Eux c’est autre chose, ils achètent, écoutent, rejouent mes disques dans des clubs Hype, branchés, car c’est typiquement de la musique électronique des années 70. Peut-être ne m’aiment-ils pas eux, mais ce style là, qui est typiquement du vieux son électronique analogique, et c’est branché, et à vrai dire je trouve ça parfois excessivement puant ce genre de mode... Il m'est égal qu’ils en fassent du business, ce ne sont pas ces gens-là que j’apprécie mais bien mes vieux fans !

Klaus Schulze
Un artiste connecté à son public ...

M. : Nous nous sentons dépendants car nous vivons avec ta musique…

K.S. : je le sais et je suis habitué à cette idée, vous n’êtes pas un public anonyme pour moi... je trouve cela normal, j’ai l’habitude d’en parler avec des amis comme Mario Schönwalder qui lui ne connait pas trop ses fans, ou d’autres exemples d’artistes qui eux n’ont pas ce contact avec le public. Celà vient aussi de moi qui suis proche de mon public. Après les concerts, dans les années 70, j’ai toujours voulu m’asseoir en tailleur sur la scène et rencontrer ceux restés à la fin devant la scène, discuter, se marrer, échanger nos adresses. Ils m’écrivaient et m’écrivent toujours, je répondais aux gens un par un, moins maintenant...  ils m’appellent au téléphone, etc. Je suis  très conscient de ce lien.
Vous en êtes un parfait exemple par votre présence !
Les autres artistes ne me parlent pas de ce lien. Leur public semble plus anonyme et donc plus virtuel...
Le marché de la musique a évolué et la part d’émotion d’autrefois semble s’effacer, les gens s’investissent moins dans l’émotion. Cette nouvelle génération dont je vous parlais auparavant en est l’exemple vivant.
Dans les années 70 lorsque nous faisions la musique nous connaissions parfaitement ceux qui allaient l’écouter... Tu partais faire une tournée en France et 300 personnes étaient là, fidèles au rendez vous, une partie de la France dans chaque ville, assise devant toi. Tu reconnaissais des visages, tu disais « Salut toi ! Eh bonjour ! Quand vas-tu revenir Klaus ? Oh peut-être dans quelques semaines... » le lien est fort ! Je suis connecté à mon public !
C’est aussi grâçe à cela que je suis toujours là, aussi connu grâce à vous et à ce lien. Mes fans sont fidèles !
J’ai ce genre de fans qui tiennent  pour moi.  I HAVE THIS KIND OF FANS WHO STAND FOR ME…
De nos jours un artiste peut être très vite connu, avec une fulgurance extrême, et la semaine suivante redevenir rien, c’est dû à ces poussées fiévreuses de fans grégaires anonymes qui seront axés la semaine d’après sur un nouveau produit juteux…

Olivier sort le livre Un saut dans l’inconnu... de sa mallette…

K.S. : Oh c’est le bouquin de Dominique Roux que personne ici ne peut lire !

M. : Oui nous allons en faire une nouvelle édition pour la fin de l’année et certainement le traduire en anglais.

K.S. : Ah tant mieux et pourriez-vous tout traduire en entier car j’aimerais vraiment pouvoir le lire ainsi que mes amis, car le français... quand j’étais avec ma fiancée précédente (Blanche) qui était française je comprenais bien le français et parvenais à lire certains mots, mais c’est trop limité pour lire un pavé comme ça... et presque tous les gens que je connais parlent l’anglais et comme ça ils pourront enfin le lire !
De plus j’étais dans une école assez vieux jeu où j’apprenais plutôt le latin et des langues mortes que le français par exemple...

O. : T’arrive-t’il de penser aux fans lorsque tu composes un morceau ? Mettre une petite nappe là, une séquence ici, un gimmick ?

K.S. : Au risque de vous déplaire mes amis, jamais un seul instant ! Il faut que je m’amuse en composant et rejouer de la musique du passé pour moi, ce n’est pas du tout marrant. Tout comme je ne prends pas de plaisir en jouant une musique que je n’ai pas envie de jouer, si on me le demande... Depuis le début de ma carrière j’avance album par album car je prends plaisir à composer chacun de mes albums. C'est à chaque fois la musique que j’aime. C'est pour mon propre plaisir et l’auditeur lui achètera ou pas mon travail.
Vous pouvez dire que Audentity c’est de la merde, pas de problème vous n’avez qu’à ne pas l’acheter, je n’oblige personne... mais pour moi, j’ai créé Audentity donc je l’aime. Lorsque l’on me demande si j’aime Sebastian In Traum  je l’ai toujours dit, c’est une part de moi. Vous le public pouvait jeter un album ou le dénigrer, moi non.
Et deuxièmement si tu poses à dix fans la question de ce qu’ils aiment, au final il te faut faire dix albums différents.
Un dira « Oh fais-moi comme dans Irrlicht avec les cordes dramatiques », l’autre suppliera « Oh fait avec Tiepold quand il joue du Violoncelle dans Dune », un autre « Oh non juste des séquences pures, pas de trucs autour... ».
Mais j’ai remarqué une chose qui revient toujours dans mon auditoire, c’est qu’il n’aime pas quand quelqu’un chante dans mes disques !

O. : Oh j’aime beaucoup la voix d’Elfi dans Mediterranean Pads  (je la regarde en même temps et elle rougit). Et bien sûr Julia Messenger dans The Crime of Suspence... en plus elle est mignonne !

La Invenzionne Degli Angeli

K.S. : Oui elle est délicieuse, tout comme une autre fille dans mon nouvel Opéra... Dans ce projet, mené à terme, La Invenzionne Degli Angeli, j’ai 4 ou 5 chanteurs d’Opéra professionnels et trois chanteurs  Pop/Rock, comme Julia et aussi Marian Gold.
En fait je mixe toutes ces superbes voix, mais malheureusement je ne comprends pas ce qu’ils disent car je ne comprends pas l’Italien non plus... mais j’ai le libreto en allemand... Julia est une très jolie fille et elle chante divinement bien; elle a fait un album solo mais n’a pas pu signer sur un label. C’est terrible pour les gens qui se lancent dans ce travail que de percer de nos jours... Les maisons de disque sont trop lâches : si le disque se plante, la boite peut plonger aussi et moi je dis qu’ils n’ont pas les couilles voilà ! Pour cette artiste par exemple elle va être obligée de trouver des labels indépendants pour faire reconnaître son art et elle n’en vivra pas.
Et c’est pour cà que l’on entend toujours les mêmes merdes à la radio et que le marché tourne sur de la merde. Mais les gens ont ce qu’ils demandent finalement et semblent en convenir…

O. : Donc La Invenzionne Degli Angeli est terminé ? L’as-tu envoyé à K.D.M. ?

 

AlphaLyra - Music for the Stars
 

K.S. : Non non, cela n’a rien eu à  voir avec la musique. Maintenant elle commence à aimer ce que je fais. Je dirais même que ma musique l’effrayait un peu.

Elfi : J’aime beaucoup « In Blue » … et petit à petit je parviens à mieux comprendre sa musique, qui au premier abord est inquiétante.

K.S. : Oui, ou bien même ennuyeuse si tu ne parviens pas à la ressentir...
 

Klaus Schulze
Oh fais-moi comme dans Irrlicht...

O. désigne sa fille Marie : Vois-tu, Marie est née avec ta musique. Ma femme était enceinte de Marie que déjà j’écoutais très fort tes albums. Marie a quotidiennement eu droit à des séances de musique de Klaus Schulze, et d’être présente aujourd’hui ici avec nous compte beaucoup pour elle.

K.S. : Oui, voici l’homme qui me terrorise depuis que je suis sur terre, avec sa musique de merde !

O. : Du fait d’avoir été bercée puis élevée aux sons de Schulze elle est devenue experte et immédiatement saura reconnaître tes sons, le fait de jouer en mineur, etc. Elle est incollable et sort donc du lot des gens qui écoutent la musique des masses. Ta musique nécessite de l’attention et une grande ouverture d’esprit...

K.S. : Oui et non, c’est aussi une question de style de vie. Il faut considérer que les gens maintenant n’aiment pas être confrontés à un truc qu'ils devront faire un effort pour apprécier... ils veulent tout de suite être divertis. Et ce n’est pas vrai que pour la musique mais aussi pour le cinéma ou la photographie.

O. et M. : ton audience doit participer… tu nous proposes la moitié du chemin, à nous de continuer.

K.S. : Oui, c'est pareil avec un bon film... comme ceux du cinéaste français Jean-Luc Godart, ou comme Dali... idem avec Rembrandt, tu regardes et tu comprends... Pour en revenir aux français, ils inventent Seurat puis Paul Signac, un genre issu de l’impressionnisme, le pointillisme. Ils peignent des touches de couleurs et ne remplissent pas tout le tableau, l’œil et l’imaginaire comblent le reste... c’est ce que je fais en musique. Ils ne vous donnent pas le tableau entier, juste des parties, et là doit s’impliquer celui qui reçoit l’œuvre. Peu de gens acceptent ce travail, ils veulent être divertis. Ils payent pour le divertissement et ils le veulent vite ! Une chanson dure 3 minutes et demie, une fois finie, vite une autre... et si j’arrive avec un morceau de 80 minutes ils soupirent « Oh bon sang, ça va jamais s’arrêter cette merde ! » Donc c’est foutu pour les stations radio, tu ne passes pas car c’est trop long.
Mais je me doutais dès le début que je ne serais pas une Super Star, un super vendeur de millions  de disques. Je me suis immédiatement fait la remarque qu’il valait mieux faire de la bonne musique pour peu de gens que de la merde pour beaucoup d’autres !
Ceci dit ce n’est pas une règle à chaque fois, car il y a des musiciens qui font court et très bon comme J.J Cale ou Roxy Music, mais il y a peu d’exceptions à mes yeux.
C'est non seulement une décision de l’artiste, comme j’ai pu la prendre, mais aussi celle de ceux qui écoutent ma musique. Car si les majors continuent de proposer de la merde cela va se retourner un jour contre eux. Les jeunes actuellement  sont bien plus à même de se comprendre eux-mêmes et de comprendre leurs goûts. Ils sont conscients que les radios les prennent pour des cons en leur vomissant cette poisse et c’est aussi pour cette raison que la Techno a été issue de l’Underground et est devenue commerciale et que cela les lasse. Tout comme le Hip Hop, tout fini par être récupéré. Mais cela venait du consommateur lui-même et pas des compagnies de disques .
Et puis il se passe quelque chose de très intéressant actuellement, c’est que si l’artiste n’à pas eu la chance d’être connu par le biais d’un label, il a aujourd'hui sa chance par le biais du téléchargement. Maintenant les gros bonnets  surveillent sur les écrans les artistes qui sont les plus téléchargés et décident que si le gars dépasse plus de 50.000 téléchargements allez hop ! on signe l’artiste ! C’est vicieux et à mon avis d’ici une vingtaine d’années il n’existera plus de labels musicaux... Si les gens finissent par comprendre le système des téléchargements, la protection des copyrights et tout ça. Cela pourra prendre un peu de temps mais même les anciens mélomanes risquent de se mettre au diapason. Même si bien sûr le puriste conservera sa belle collection...
Moi même je réagis ainsi. Si j’ai envie de voir un film ou d’écouter un disque j’utilise le téléchargement, ou je les commande sur Amazon, et je les reçois le lendemain et je n'ai pas à aller en ville, me garer etc. Tu vois ce que je veux dire. Je te mets au défi de rentrer chez un disquaire et de lui demander de te faire écouter dix disques pour choisir lequel tu vas prendre... il va te regarder de travers... alors où veux-tu découvrir des nouveaux artistes ?  Certainement pas à la radio. Comment peux-tu découvrir de nouveaux styles musicaux intéressants ? Sur Internet.

O.  : donc tu défends largement le téléchargement ?

K.S. : Oui évidemment. De plus, au-delà de la facilité d’obtenir le produit, si tu te pointes chez un disquaire et demande un disque de Schulze ou d’autre, il va te regarder sans comprendre « Klaus qui ? ». Il existe tellement de nouveaux artistes de part le monde; il va te dire de regarder par là si par hasard tu n'en trouverais pas un...
Je me souviens de mon disquaire à Berlin, qui m’appelait et me donnait à découvrir des truc incroyables, il connaissait mes goûts et son métier. De nos jours ils ne savent même pas ce qu’ils vendent, ce qui est bien sûr compréhensible car il y a tant de trucs qui se ressemblent, c’est tout pareil dans le Top Ten... c’est pour ça aussi qu’a été inventée la vidéo, pour distinguer qui chante, puisque tout se ressemble. Ah celui-ci c’est le noir et celui-là c’est avec la minette... Non je blague, bien sur j’exagère, un peu !

O. : Trouves-tu le temps d’écouter de la musique ?

K.S. : Non, pas du tout, seulement lorsque mes amis m’envoient des disques, comme celui que tu m’as envoyé suite à tes Close Encounters.  Ah oui ! aussi ceux des groupes avec lesquels je vais avoir à bosser ! En ce moment je me fais une cure de Porcupine Tree car nous  allons bientôt collaborer ! On va faire un album ensemble. Ils sont des amis de Michael Schmitz de SPV, qui me les a présentés. Ils ont insisté pour avoir mon adresse email et mon numéro de téléphone car ils écoutent les rééditions qui paraissent sur Revisted Records.

O. : Oui, Porcupine Tree est un groupe très puissant musicalement, très riche et avec un gros son. À l’image de leurs grands ainés Pink Floyd, pour lesquels on connait ton.

K.S. : Oui bien sûr ! J’ai ici tout un tas de CD et DVD officiels et plein de pirates de partout dans le monde; une belle collection. C’est Michael qui me les refourgue car il est un très très grand fan aussi ! Tu vois sur le siège là-bas c’est que du Floyd…
Donc il sortira quelque chose de notre collaboration avec Porcupine Tree. Voici un vecteur, les contacts qui me permettent d’écouter d’autre musiques, sinon en effet un musicien n’écoute pas beaucoup la musique des autres. Malgré tout je me l’impose pour aussi m’ouvrir un peu et sortir de mon propre univers, afin de m’améliorer... Mais je ne suis pas du genre à chercher des stations de radio sur le flux d’Internet la nuit pour écouter des programmes, je suis trop feignant pour ça. J’ai un ami réalisateur qui lui ne regarde pas de films car cela l’insupporte, mais lui par contre écoute beaucoup de musiques. Quand tu veux te divertir tu ne choisis par le media avec lequel tu travailles tous les jours. De plus j’ai du mal à écouter de la musique car immédiatement je vais l’analyser et le temps que je cherche les breaks, que je juge le groove, déjà le morceau sera fini…

Elfi lui donne un verre d’eau et nous nous rendons compte de l'importance de sa présence auprès de Klaus durant sa maladie …

O. : Je suppose que Elfi t’a beaucoup aidé durant ta maladie ?

K.S. : Oh tellement ! C'est certain…

E. :  Oui mais je l’aime tellement aussi que c’est absolument normal ! Je suis avec Klaus depuis 22 ans…

K.S. : Et ça c’est du boulot les gars !

E. : Oui mais stop ! Là il m’a vraiment fait peur et je ne supporterai pas une nouvelle fois…

K.S. : Non maintenant je suis vraiment très sérieux !

O. : En France il y a un artiste qui a eu le même souci que toi, la pancréatite déclenchée par l’abus d’alcool : Jacques Dutronc.

K.S. : Oh oui il est extraordinaire cet acteur, il a joué le rôle de Vincent Van Gogh n’est-ce pas... j’aime beaucoup son regard...

O. : Oui il a été très mal, proche de la mort et maintenant il renaît à la vie, il fume des gros cigares...

K.S. : En effet nous utilisons nos Bonus Tracks !!! (Rires...)

O. : De toute façon sur tes livrets on peut lire la date de ta mort, qui n’intervient pas avant 2250, donc…

K.S. : Oh oui c’est pas fini, j’ai proposé cette date à Michael de SPV pour ne pas avoir à inscrire des points d’interrogation...

E. :  Ouf je ne tiendrai pas jusqu’à là Klaus, rassure toi... mais je t’aimerai toute l’éternité...

K.S. : (dans un soupir ) Ah la la, toujours de l’humour après tant d’années...

O. : Après avoir fait tout ce que tu as fait, vécu une époque et lui avoir trouvé une sonorité... Du fait de ton travail de remasterisation tu es à chaque fois contraint de te replonger dans ce passé proche mais si lointain...

K.S. : Un gros déjà-vu en effet… (Klaus est très calme et pensif… les mots sont plus fluides et les pauses plus longues…) Oh Irricht... je n’aurai plus la force de faire ce travail. Non, pas la force mais, plutôt... le culot surtout, voilà, c’est ça... je ne relèverais pas le défi, le risque. À l’époque ça allait, bien des choses étaient envisageables. Mais tu t’imagines moi en concert avec juste un orgue alors que plus tard j’avais le Bigmoog, les delays les plus performants, de la reverb époustouflante et des séquenceurs faramineux de première qualité. Je refuserai d’entrer sur scène sans mon attirail, je me sentirai nu. Tu te rends compte Olivier j’avais un des deux Revox qui sont à toi maintenant,  avec l’écho et l’orgue, et je sautais sur scène, motivé comme lors d’un de mes tous premiers concerts à l’Ouest de Paris (Théâtre de l’Ouest). Ce serait inpensable pour moi maintenant…

O. : Au sujet de ces deux Revox dans leur caisson, il y a des bandes dessus. As-tu une idée de ce que c’est ?

K.S. : Non mais je suis certain que c’est des années 70 et c’est certainement des bandes d’écho. Peut-être trouveras-tu un concert sur l’une de ces bandes, sait-on jamais. Cela n’a pas été touché depuis prés de 25 ans... surprise, ou alors de la batterie?

O. : De retour en France je vais les faire réparer et te tiendrai au courant de ce qui il y a d’enregistré dessus...

K.S. : Parfait, tu me le fais savoir et m’envoies un CD... ( la suite ! )

 
     
  Klaus Schulze Revox  
 
   
Et sur les bandes, à ton avis, qu'y-a-t'il ?  
 
     
 
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