K.S. : Non non, cela n’a rien eu à voir avec la musique. Maintenant elle commence à aimer ce que je fais. Je dirais même que ma musique l’effrayait un peu.
Elfi : J’aime beaucoup « In Blue » … et petit à petit je parviens à mieux comprendre sa musique, qui au premier abord est inquiétante.
K.S. : Oui, ou bien même ennuyeuse si tu ne parviens pas à la ressentir...

Oh fais-moi comme dans Irrlicht...
O. désigne sa fille Marie : Vois-tu, Marie est née avec ta musique. Ma femme était enceinte de Marie que déjà j’écoutais très fort tes albums. Marie a quotidiennement eu droit à des séances de musique de Klaus Schulze, et d’être présente aujourd’hui ici avec nous compte beaucoup pour elle.
K.S. : Oui, voici l’homme qui me terrorise depuis que je suis sur terre, avec sa musique de merde !
O. : Du fait d’avoir été bercée puis élevée aux sons de Schulze elle est devenue experte et immédiatement saura reconnaître tes sons, le fait de jouer en mineur, etc. Elle est incollable et sort donc du lot des gens qui écoutent la musique des masses. Ta musique nécessite de l’attention et une grande ouverture d’esprit...
K.S. : Oui et non, c’est aussi une question de style de vie. Il faut considérer que les gens maintenant n’aiment pas être confrontés à un truc qu'ils devront faire un effort pour apprécier... ils veulent tout de suite être divertis. Et ce n’est pas vrai que pour la musique mais aussi pour le cinéma ou la photographie.
O. et M. : ton audience doit participer… tu nous proposes la moitié du chemin, à nous de continuer.
K.S. : Oui, c'est pareil avec un bon film... comme ceux du cinéaste français Jean-Luc Godart, ou comme Dali... idem avec Rembrandt, tu regardes et tu comprends... Pour en revenir aux français, ils inventent Seurat puis Paul Signac, un genre issu de l’impressionnisme, le pointillisme. Ils peignent des touches de couleurs et ne remplissent pas tout le tableau, l’œil et l’imaginaire comblent le reste... c’est ce que je fais en musique. Ils ne vous donnent pas le tableau entier, juste des parties, et là doit s’impliquer celui qui reçoit l’œuvre. Peu de gens acceptent ce travail, ils veulent être divertis. Ils payent pour le divertissement et ils le veulent vite ! Une chanson dure 3 minutes et demie, une fois finie, vite une autre... et si j’arrive avec un morceau de 80 minutes ils soupirent « Oh bon sang, ça va jamais s’arrêter cette merde ! » Donc c’est foutu pour les stations radio, tu ne passes pas car c’est trop long.
Mais je me doutais dès le début que je ne serais pas une Super Star, un super vendeur de millions de disques. Je me suis immédiatement fait la remarque qu’il valait mieux faire de la bonne musique pour peu de gens que de la merde pour beaucoup d’autres !
Ceci dit ce n’est pas une règle à chaque fois, car il y a des musiciens qui font court et très bon comme J.J Cale ou Roxy Music, mais il y a peu d’exceptions à mes yeux.
C'est non seulement une décision de l’artiste, comme j’ai pu la prendre, mais aussi celle de ceux qui écoutent ma musique. Car si les majors continuent de proposer de la merde cela va se retourner un jour contre eux. Les jeunes actuellement sont bien plus à même de se comprendre eux-mêmes et de comprendre leurs goûts. Ils sont conscients que les radios les prennent pour des cons en leur vomissant cette poisse et c’est aussi pour cette raison que la Techno a été issue de l’Underground et est devenue commerciale et que cela les lasse. Tout comme le Hip Hop, tout fini par être récupéré. Mais cela venait du consommateur lui-même et pas des compagnies de disques .
Et puis il se passe quelque chose de très intéressant actuellement, c’est que si l’artiste n’à pas eu la chance d’être connu par le biais d’un label, il a aujourd'hui sa chance par le biais du téléchargement. Maintenant les gros bonnets surveillent sur les écrans les artistes qui sont les plus téléchargés et décident que si le gars dépasse plus de 50.000 téléchargements allez hop ! on signe l’artiste ! C’est vicieux et à mon avis d’ici une vingtaine d’années il n’existera plus de labels musicaux... Si les gens finissent par comprendre le système des téléchargements, la protection des copyrights et tout ça. Cela pourra prendre un peu de temps mais même les anciens mélomanes risquent de se mettre au diapason. Même si bien sûr le puriste conservera sa belle collection...
Moi même je réagis ainsi. Si j’ai envie de voir un film ou d’écouter un disque j’utilise le téléchargement, ou je les commande sur Amazon, et je les reçois le lendemain et je n'ai pas à aller en ville, me garer etc. Tu vois ce que je veux dire. Je te mets au défi de rentrer chez un disquaire et de lui demander de te faire écouter dix disques pour choisir lequel tu vas prendre... il va te regarder de travers... alors où veux-tu découvrir des nouveaux artistes ? Certainement pas à la radio. Comment peux-tu découvrir de nouveaux styles musicaux intéressants ? Sur Internet.
O. : donc tu défends largement le téléchargement ?
K.S. : Oui évidemment. De plus, au-delà de la facilité d’obtenir le produit, si tu te pointes chez un disquaire et demande un disque de Schulze ou d’autre, il va te regarder sans comprendre « Klaus qui ? ». Il existe tellement de nouveaux artistes de part le monde; il va te dire de regarder par là si par hasard tu n'en trouverais pas un...
Je me souviens de mon disquaire à Berlin, qui m’appelait et me donnait à découvrir des truc incroyables, il connaissait mes goûts et son métier. De nos jours ils ne savent même pas ce qu’ils vendent, ce qui est bien sûr compréhensible car il y a tant de trucs qui se ressemblent, c’est tout pareil dans le Top Ten... c’est pour ça aussi qu’a été inventée la vidéo, pour distinguer qui chante, puisque tout se ressemble. Ah celui-ci c’est le noir et celui-là c’est avec la minette... Non je blague, bien sur j’exagère, un peu !
O. : Trouves-tu le temps d’écouter de la musique ?
K.S. : Non, pas du tout, seulement lorsque mes amis m’envoient des disques, comme celui que tu m’as envoyé suite à tes Close Encounters. Ah oui ! aussi ceux des groupes avec lesquels je vais avoir à bosser ! En ce moment je me fais une cure de Porcupine Tree car nous allons bientôt collaborer ! On va faire un album ensemble. Ils sont des amis de Michael Schmitz de SPV, qui me les a présentés. Ils ont insisté pour avoir mon adresse email et mon numéro de téléphone car ils écoutent les rééditions qui paraissent sur Revisted Records.
O. : Oui, Porcupine Tree est un groupe très puissant musicalement, très riche et avec un gros son. À l’image de leurs grands ainés Pink Floyd, pour lesquels on connait ton.
K.S. : Oui bien sûr ! J’ai ici tout un tas de CD et DVD officiels et plein de pirates de partout dans le monde; une belle collection. C’est Michael qui me les refourgue car il est un très très grand fan aussi ! Tu vois sur le siège là-bas c’est que du Floyd…
Donc il sortira quelque chose de notre collaboration avec Porcupine Tree. Voici un vecteur, les contacts qui me permettent d’écouter d’autre musiques, sinon en effet un musicien n’écoute pas beaucoup la musique des autres. Malgré tout je me l’impose pour aussi m’ouvrir un peu et sortir de mon propre univers, afin de m’améliorer... Mais je ne suis pas du genre à chercher des stations de radio sur le flux d’Internet la nuit pour écouter des programmes, je suis trop feignant pour ça. J’ai un ami réalisateur qui lui ne regarde pas de films car cela l’insupporte, mais lui par contre écoute beaucoup de musiques. Quand tu veux te divertir tu ne choisis par le media avec lequel tu travailles tous les jours. De plus j’ai du mal à écouter de la musique car immédiatement je vais l’analyser et le temps que je cherche les breaks, que je juge le groove, déjà le morceau sera fini…
Elfi lui donne un verre d’eau et nous nous rendons compte de l'importance de sa présence auprès de Klaus durant sa maladie …
O. : Je suppose que Elfi t’a beaucoup aidé durant ta maladie ?
K.S. : Oh tellement ! C'est certain…
E. : Oui mais je l’aime tellement aussi que c’est absolument normal ! Je suis avec Klaus depuis 22 ans…
K.S. : Et ça c’est du boulot les gars !
E. : Oui mais stop ! Là il m’a vraiment fait peur et je ne supporterai pas une nouvelle fois…
K.S. : Non maintenant je suis vraiment très sérieux !
O. : En France il y a un artiste qui a eu le même souci que toi, la pancréatite déclenchée par l’abus d’alcool : Jacques Dutronc.
K.S. : Oh oui il est extraordinaire cet acteur, il a joué le rôle de Vincent Van Gogh n’est-ce pas... j’aime beaucoup son regard...
O. : Oui il a été très mal, proche de la mort et maintenant il renaît à la vie, il fume des gros cigares...
K.S. : En effet nous utilisons nos Bonus Tracks !!! (Rires...)
O. : De toute façon sur tes livrets on peut lire la date de ta mort, qui n’intervient pas avant 2250, donc…
K.S. : Oh oui c’est pas fini, j’ai proposé cette date à Michael de SPV pour ne pas avoir à inscrire des points d’interrogation...
E. : Ouf je ne tiendrai pas jusqu’à là Klaus, rassure toi... mais je t’aimerai toute l’éternité...
K.S. : (dans un soupir ) Ah la la, toujours de l’humour après tant d’années...
O. : Après avoir fait tout ce que tu as fait, vécu une époque et lui avoir trouvé une sonorité... Du fait de ton travail de remasterisation tu es à chaque fois contraint de te replonger dans ce passé proche mais si lointain...
K.S. : Un gros déjà-vu en effet… (Klaus est très calme et pensif… les mots sont plus fluides et les pauses plus longues…) Oh Irricht... je n’aurai plus la force de faire ce travail. Non, pas la force mais, plutôt... le culot surtout, voilà, c’est ça... je ne relèverais pas le défi, le risque. À l’époque ça allait, bien des choses étaient envisageables. Mais tu t’imagines moi en concert avec juste un orgue alors que plus tard j’avais le Bigmoog, les delays les plus performants, de la reverb époustouflante et des séquenceurs faramineux de première qualité. Je refuserai d’entrer sur scène sans mon attirail, je me sentirai nu. Tu te rends compte Olivier j’avais un des deux Revox qui sont à toi maintenant, avec l’écho et l’orgue, et je sautais sur scène, motivé comme lors d’un de mes tous premiers concerts à l’Ouest de Paris (Théâtre de l’Ouest). Ce serait inpensable pour moi maintenant…
O. : Au sujet de ces deux Revox dans leur caisson, il y a des bandes dessus. As-tu une idée de ce que c’est ?
K.S. : Non mais je suis certain que c’est des années 70 et c’est certainement des bandes d’écho. Peut-être trouveras-tu un concert sur l’une de ces bandes, sait-on jamais. Cela n’a pas été touché depuis prés de 25 ans... surprise, ou alors de la batterie?
O. : De retour en France je vais les faire réparer et te tiendrai au courant de ce qui il y a d’enregistré dessus...
K.S. : Parfait, tu me le fais savoir et m’envoies un CD... ( la suite ! ) |