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  Klaus Schulze Studio  
 
   
Le Sequencer 'Castle', et un peu plus... 

Elfi tend à Klaus, pour qu'il le signe, un petit "Moogie Baby" offert par Michel à Julien Perrin, le réalisateur du film. Klaus a peur de l’écraser en appuyant avec le stylo ! Michel est très touché que Klaus signe sa petite œuvre... en voyant son visage Klaus soupire : 

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O. : Toujours au sujet des rééditions : On a vu que les chiffres sur les tranches des CD vont actuellement de 1 à 85 ce qui me m'amène à te demander si vous comptez rééditer aussi les disques des coffrets comme Silver ou Historic Editions…

 
 
K.S. : Ah comme c’est agréable de faire plaisir et comme votre joie est palpable. C’est parfois si facile de rendre les gens heureux... Si seulement la vie n’était faite que de ces plaisirs, ce serait si bon...

YOU KILL
WHAT YOU LOVE

K.S. : Oui nous faisons deux phases de rééditions : la première sera d’une quantité de 45 CD et la deuxième presque d’autant et évidemment il est prévu que tous ces albums issus de ces coffrets seront au final réédités.
 
 

Klaus Schulze
Il est parfois si facile de rendre les gens heureux...

À propos de création

O. : Que tu fasses ta musique nous rend déjà heureux...

K.S. : Tu sais, le fait qu’elle soit tant appréciée me rend heureux en retour. Sincèrement. Votre joie me fait penser à la première fois que j’ai rencontré Bob Moog. Je veux dire il était comme un dieu pour moi et je lui dit Bob, merci beaucoup, sans vos synthétiseurs je ne serais pas Klaus Schulze tel qu'on le connait, je ne pourrais pas faire ce que je fais... Bob m’a répondu que c’était pour que des gens comme moi puissent se révéler avec qu’il les a construit. Car pour nous les artistes, la technologie est la moitié du travail fait... et de plus les synthés Moog sont vraiment des perles... La technologie est tellement importante dans mon genre musical et ce dès le tout début... Vous vous doutez bien que s’il n’existait que des orgues d’églises ce serait fort peu intéressant. Bien sûr on aurait pu toujours jouer des cordes, violons et cello mais ce n’est pas pareil… Alors quand est apparu la lutherie électronique, les séquenceurs… Oh l’étape la plus importante fut vraiment à fin de la décennie 60 : le Minimoog ! Avec ce son !  Nous les artistes avons deux paramètres très importants, le premier est la compétition qui nous fait aller de l’avant, l’autre c’est le son. Pour la plupart des musiciens c’est important alors pour nous qui faisons de la musique exclusivement électronique : c’est vital... voici pourquoi nous avons un lien relationnel affectif si fort avec de tels inventeurs comme Bob Moog ou Pearlman l’inventeur du ARP,  etc... et il est très important aussi que l’artiste note sur son disque les instruments utilisés, c’est pas pour frimer mais bien pour exprimer le fait qu’il a utilisé ces outils précis, ce qui lui donne ce son spécifique, exprimer l’importance des inventeurs avant tout, comme le EMS, etc. Au delà du fait de mentionner les instruments c’est mentionner la source de la musique.
Du coté de l’auditeur, lui peut n’en avoir rien à faire de ce que j’utilise. Quand je vais au cinéma je ne suis pas curieux de savoir avec quelle caméra a été fait le film, cela m'indiffère, mais pour nous qui jouons de la musique c’est très important... Voici une des différences qui existent entre le créateur et l‘amateur...

O. (désignant Michel et Christian) : Eux deux sont musiciens, Michel possède un ARP 2600 et bien du matériel, Christian aussi joue sur des bons claviers. Eux savent de quoi tu parles, moi je suis l’exemple même de celui qui s’en fiche, impossible pour moi depuis 32 ans que j’écoute ta musique ou celle de Tangerine Dream de te dire quel est l’instrument. Ah sauf le Minimoog, lui je le reconnais. Je prend plaisir à l’écoute voilà tout, eux auront l’oreille assez fine pour reconnaître l’instrument comme toi…

K.S. : C’est tout-à-fait l’exemple de quand tu vas dans une galerie de peinture et un gars avec un langage très ampoulé  t’explique ce qu’ il a voulu exprimer, on s’en fout totalement... Quand on me demande ce que je veux exprimer par ma musique je réponds : « Rien.. ». Ce sont les auditeurs avec leur fantaisie et leurs émotions qui peindront leur propre univers sur la toile tissée par ma musique. Je ne veux à aucun moment m’octroyer le droit de diriger une idée ou un point de vue, c’est aussi une des raison majeure qui fait que je n’utilise pas de paroles.
Ce qui se passe avec l’art c’est juste de la consommation !
Voyez récemment est passé une série d’émissions sur une grande chaîne de télé allemande « Kraut & Ruben »  sur l’histoire du Krautrock... Les médias allemands l’ont trouvée extrêmement bon comme programme (mais les médias allemands trouvent tout bon !), moi d’un côté j’ai aimé la démarche car cela a été fait par la WDR TV, qui est une chaîne très  conventionnelle, mais du point de vue de l’artiste cela ne m’a pas plu… ok le néophyte verra son appétît comblé et cela vaut pour une grosse part d’audience, cela donne un bon aperçu de ce que cela a été. Mais comment voulez-vous qu’en une heure de programme on puisse faire le tour de la musique électronique et planante… !
En ce qui concerne cette série, j’ai une vision très critique : Quand on me pose la question « Pensez vous que les artistes font de la musique pour les auditeurs ? » je réponds que « je ne connais aucun  artiste qui ne fasse pas son art pour lui-même… » et pour ce point de vue je me suis fait bien critiquer, voire pratiquement crucifier !
Du coup les journalistes de  « Kraut & Ruben »  ont mixé ma déclaration à la phrase française Dadaïste de « L’Art pour l’Art » qui est aussi une belle merde, mais ce que je voulais exprimer est le fait que l’artiste fait l’art pour lui-même et afin de satisfaire son propre plaisir et espère qu’ensuite d’autres personnes l’aimeront à leur tour… à l’inverse il faudrait que l’artiste crée pour plaire aux autres personnes et que lui-même s’habitue petit à petit à aimer ses propres créations et çà , à mon point de vue, c’est impossible ! Faire de la musique pour les fans c’est impossible ! Vous la faites pour vous-même !
Ceci dit des gens comme DIETER BOYLEN ou TREVOR JONES qui sont eux des producteurs de musiques pour les masses, mais c’est leur job, ça n’a rien à voir avec moi... Je ne joue pas sur ce tableau là, à eux on ne se risque pas à demander s’ils aiment leur musique...
Dans une règle générale, je pense que chaque artiste, chaque peintre, musicien ou réalisateur aime ses œuvres. C’est comme Fellini qui clame « Je fais des films pour moi et c’est toujours le même film… » Ah j’adore cette phrase, c’est si  typique et si vrai dans mon cas ! Mais je pense que pour des gens non artistes c’est peut être assez difficile à comprendre… cela peut même paraître insultant et les  réactions comme celles recueillis après la diffusion du programme le prouve.
« Klaus fait de la musique pour nous ! ». Bien des gens en sont convaincus… Vous vous imaginez que si je devais écouter les doléances de chacun et satisfaire chacun, ce serait impossible...

M. : Je crois que l'on crée d'abord pour soi, et ensuite parce que l'on aime quelqu'un, et qu'on ne peut aimer quelqu'un plus que soi-même.

K.S. : Hum... Je  ne suis pas d’accord... c’est encore différent  « vous ne pouvez pas aimer quelqu'un si vous ne vous aimez pas vous même » ça OK, c’est vrai, mais vous pouvez aimer des gens plus que vous vous aimez vous-même, oui je peux faire ça. Euh... disons-le comme ça : je m’accepte moi-même, mais je ne m’aime pas ! J’aime Elfi... je suis heureux  comme je  suis, c’est de l’acceptation... Si  je m’aimais je vivrais en bonne santé, je ne serais pas tombé sereinement malade l’année dernière, j’aurais au préalable fait gaffe à mon corps, je ne lui aurais infligé tout ça, l’alcool etc... Je me suis tué à petit feu, ne me suis fait aucun cadeau. Comme disait Oscar Wilde « You kill what you love » et là ça colle c’est vrai, tu as raison Michel dans ce cas là.
Moi vois-tu j’étais dans la musique depuis le début. J’essayais de faire de la bonne musique et je tentais de mettre toutes les possibilités dans ce  but. Et par conséquent que ce soit bon pour mon corps et moi ou pas je m’en foutais.
J’ai sacrifié tout pour la musique, je mourrai pour ma musique. Si je m’étais aimé je ne me serais pas infligé tout ça et me serais économisé ! ( c’est bien pour ça que l’on ne peut pas parler de ça objectivement car chaque point de vue est différent). Moi je sais que j’ai vu ma vie guidée par et pour la musique... Je pourrais mourir pour ma musique car ma musique c’est moi.
En fait tout est une question de choix. Par exemple, j’ai suffisamment d'argent pour faire le tour du monde, ou encore m’acheter des belles voitures  (Oh une fois je me suis payé une Bentley avec « chauffeur »  - en  français dans le texte - j’étais assis au fond et je me suis dit quelle connerie vraiment ! Je l’ai gardée deux ans et l’ai utilisée peut être deux semaines ! Le reste du temps elle restait sur place... Ah ça avait de la gueule mais je ne pouvais même pas l’utiliser comme un voiture normale...
Ce que je veux dire, toutes ces  choses-là ne me manquent pas car la musique elle au moins est là tout le temps... et cela rend la vie plus facile d’une part et plus difficile aussi, c’est bien juste une question de choix... si aujourd’hui mes muscles sont partis et que j’ai perdu 30kilos je ne peux m’en prendre qu’à moi. J’ai choisi de m’infliger peu de sommeil, des nuits et des jours de travaux, de l’alcool sans mesure. Je le dis souvent à des gens qui se plaignent de leur quotidien routinier, de changer de cap, de choisir son propre destin.

M. : Mais nous repoussons toujours la faute sur l’autre...

K.S. : Oui, la vie n'est ni facile ni juste.

Et la santé ?

O. : Quels ont été tes soucis de santé et comment vas-tu maintenant ?

K.S. : Si je regarde mes  résultats sanguins je suis en bien meilleure santé qu’il y a 30 ans ! Mon physiothérapeute me confirmait que je n’avais pas du tout fait attention à mon corps durant toutes ces années, que je l’ai maltraité et négligé. Voilà. En effet je jouais des heures, arc-bouté, des nuits entières en repoussant la fatigue, les morceaux étaient bons, je n’avais pas envie de m’arrêter et soudainement le corps t’oblige à faire quelque chose très vite et tu ne l’écoutes pas, alors le corps lui te dit « J’ai fait mon boulot, je ne peux plus continuer dans ces conditions là... ». Donc il faut apprendre à écouter ce qu’il nous dit, mais qui t’apprends à l’écouter ? Il n’y a pas à dire mais tous les gens qui sont autour de moi ont eu beau me suriner que je mangeais trop de sucreries - Oh j’adore les barres de Mars et Snickers et toutes les conneries de Noël , c‘est toujours Noël chez moi à cause de ça - ton corps aussi il aime ça et il en redemande et encore heureux que je n’ai pas abusé des drogues dures !

O. : Mais là c’est bon, tu t’es stabilisé après t’être bien battu contre cette maladie terrible qu’est la pancréatite due à l’alcoolisme.

K.S. : Oh non, on ne peut pas dire que je me sois spécialement battu... Inconsciemment oui, pendant mes soins intensifs, mais là où je me bats le plus, où j’en ai le plus conscience, c’est en ce moment, pour recouvrir des forces et des muscles. Tout mon corps a fondu du fait du régime excessivement draconien pour drainer le pancréas. 30% de ma masse musculaire a fondu. Une vraie bataille s'est engagée, je fais (parfois sans volonté) des exercices, du vélo d’appartement pendant une demi heure, je marche autour de ma console dans ce studio pour restructurer les fibres musculaires.
Lorsque j’étais en soins intensifs, mon corps s’est battu pour ne pas lâcher, c’est une question de volonté profonde et de survie, pour ne pas mourir en somme. Maintenant à moi de lui rendre la pareille en le reconstituant ce corps.  Et en plus je ne suis pas du tout sportif ! Juste dans l’esprit, le corps ne suit pas...

O. : Oui sportif comme nous tous, devant la télé (en montrant  l’écran avec l’image de Zidane).

K.S. : Ouais tout à fait, je me plante devant l’écran et j’engueule les footballeurs , « Cours plus vite ! » « Allez vas-y là marque il y a personne devant ! » moi je suis affalé dans le canapé... « mais cours allez tu es déjà fatigué ? » et moi toujours dans mon canapé et je dois aller aux toilettes avec toute l’eau que je bois et je me dis « Oh merde c’est si loin… ». Pathétique !
Enfin, une fois que l’Allemagne aura battu l’Italie on aura plus que vous à craindre, la France. Mais c’est rien ça, on leur refile du fromage et du vin et le tour est joué !
Le gros problème c’est qu’à partir de dimanche la Coupe du Monde est finie et après qu’allons-nous faire, « Go back to music !!! »

O. : As-tu déjà en tête une idée d’album ou de morceau, une structure ?

K.S. : Non pas la moindre. En ce moment je travaille sur la remasterisation des nouveaux albums réédités pour fin  Août soit  Cyborg / Interface / Dosburg on-line / Ballett 1 et je ne veux pas gêner ou parasiter ce travail fastidieux. Car si j’ai une idée pour un nouveau morceau, rien ne m’arrête et c’est absolument incompatible avec le caractère obligatoire de la remasterisation.

Remasterisation

O. : Explique-nous comment tu procèdes pour ce travail de remasterisation.

K.S. : C’est simple mais vraiment pas agréable à faire. Déjà il me faut revenir sur des vieux enregistrements et j’ai du mal à faire de tels Flash-backs . Je connais ces albums à la seconde près, donc tu as tendance à étre moins attentif, mais c’est justement là qu’il faut faire attention à un clic à peine perceptibe ou un blanc dans le morceau, du à la bande. Tu coupes et tu le combles… Par exemple en revenant sur toute l’écoute de Cyborg on s’aperçoit de plein de défauts « musicaux », on est vraiment tenté de rajouter un son à droite, retirer une nappe à gauche. Rester fidèle à l’écoute et simplement à l’écoute et à la perfection du son est une torture réelle. Je n’ai droit à rien, juste subir et intervenir sur la qualité du son, l’optimiser au maximum. Alors il arrive que ce soit difficile. Tu lances le CD sur lequel a été gravé la bande magnétique analogique par K.D.M et tu entends un souffle pas possible dés le début… Il y a peu de choses à faire à cela, tu arrives à retoucher au mieux mais c’est de la haute voltige.. ces enregistrements sont vieux.
J’apprécie toutefois, même dans ces conditions forcées, de réécouter mes albums, car ce n’est pas spontanément que je me repasse des vieux albums uniquement pour le plaisir, mon plaisir à moi réside dans la création pas dans la nostalgie.
Mais lorsque tu prends comme moi, 34 ans plus tard, conscience de la qualité musicale de Irrlicht et quand tu connais les conditions et le matériel  utilisé pour parvenir à un tel résultat , tu restes admiratif…
Tu te rends compte j’avais le Teisco qui était ruiné ! Un Revox, une guitare bas de gamme, une pédale d’effets et  un ampli cramé qui faisait des disto bizarres…

O. : Mais est-ce toi qui t’occupait des remasterisations depuis le début de l’opération chez Revisited Records ?

K.S. : Non, au départ c’était K.D.M., puis il m’a refilé le bébé et c’est pas plus mal. Il sélectionne ce que seront les Bonus tracks de chaque album… Il me les soumet, je donne mon avis et je valide ou pas... Il a toutes les bandes là bas à Berlin et avant elles étaient toutes là haut (en nous montrant le haut du studio composé d’une sous-pente au dessus du mur des Quasimidi.). D'ailleurs, il a fait un formidable travail de classification, d'inventaire. Sans lui... Sinon je trouve que c’est du trés bon boulot au niveau pochettes et restitution des pochettes.. Et justement comme ils investissent beaucoup dans l’aspect des pochettes Digipack, ça  coûte cher ça, et aussi les livrets, je n’ai aucunement le droit de faire ce travail de remasterisation haut la main, je pourrais m’en foutre et leur donner le truc tel quel... Non je tiens à ce que ce soit le mieux fait possible.

M.  : Je n’aime pas les pochettes, je les trouve trop sombres. Tu vois la pochette de Irrlicht est vraiment sombre, terne, et on perd beaucoup de nuances.

K.S. :  Mais toutes trop sombres ? Ah bon j’ai pas fait gaffe à ça, tu crois vraiment ?... Il faudra que je regarde de plus près... moi mon boulot c’est le son, j’ai pas remarqué !

M. : oui toutes... lorsque l’on compare avec les précédentes éditions on remarque que bien des détails disparaissent.

O. : notamment sur Irrlicht...

K.S. : Oh Irrlicht, je voulais utiliser la pochette originale, mais ce ne fut pas possible apparemment... mais vous la retrouverez sur le livret à l’intérieur et c’est bien... bientôt sort Cyborg qui aura sa couverture originale, où l’on me voit en photo, jeune et fou de Wagner !
(il nous montre un portrait de lui, un buste, qui le représente... en Wagner !).
Récemment ils ont décidé de sortir les CD avec sur la face imprimée un relief donnant l’aspect tactile et visuel d’un vinyl, avec les pistes. Je trouve ça terriblement chouette, j’adore... À présent toutes les nouvelles rééditions seront ainsi et si ils en viennent à presser à nouveau les titres déjà sortis ils les feront avec le même effet.

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Pour l’instant je confirme aussi que j’ai toujours un soucis avec Virgin Venture et tout leur catalogue  (Royal Festival Hall 1 & 2, Dresden Performance, Beyond Recall et Babel) car ils refusent toujours de me rendre les droits, mais je ne désespère pas... tu sais les maisons de disques c’est la plupart du temps des... Ainsi TOUT Schulze sera réuni sous ce format chez Revisted Records... et quand tu fais le compte ça fait pas mal.

Klaus Schulze
TOUT Schulze !

O. : Lorsque tu composes, tu préfères le jour ou la nuit ?

K.S. : Bon actuellement avec ce temps chaud et lourd, je ne peux rien faire... En général je m’y mets à 18 ou 19 heures jusqu’à ce que j’en ai marre en fait, lorsque je trouve que je me répète trop là, c’en est assez...

Elfi: Il m’arrive de le trouver en plein boulot à 8 ou 9 heures le matin…

K.S : Oui c’est vrai , Elfi se lève et moi je vais me coucher... on se croise ce qui fait qu’il y a toujours quelqu'un d’éveillé dans cette maison.

O. : Joues-tu fort lorsque tu travailles ?

K.S. : Ni trop fort ni pas assez fort mais vraiment medium en ce moment, ce qui est déjà pas mal, mais regarde l’épaisseur des murs et tu remarques qu’il y a de la moquette sur les parois, ce qui coupe court les sons comme les middle range et les high range. Par contre les basses et les infra-basses s’insinuent dans le sol et c’est pour cela que je joue moins fort qu’auparavant. Les basses se faufilent sans limites, rampent partout dans la maison et Elfi les perçoit où qu’elle se trouve. Ceci dit, depuis 22 ans, elle y est habituée...

Babylon 5

O. : Et là où nous sommes, dans ce salon, tu écoutes de la musique ?

K.S. : Non ici c’est le coin télé. Il y a deux écrans en face de moi et j’ai le son surround autour et même dans les enceintes du studio. Et je peux faire descendre l’écran devant le mur de Quasimidi. J’envoie alors soit la télé dessus soit mon écran de contrôle, pour le travail, par le biais d’un rétro projecteur. On peut en profiter pour regarder des bons films comme Star Wars ou autre…

Elfi : Babylon 5 !

K.S. : Oh oui j’adore cette série de Babylon 5, c’est de la politique science-fiction en somme...

O. : Chris Franke en a fait la musique.

K.S. : Bien sûr, évidemment !

Elfi :  Il se font des nuits Babylon 5 avec ses fils.

K.S. : Oui je regarde ça surtout avec mon plus jeune fils Maxy (Maximilian) il adore aussi... on prend de la bouffe, des conneries de sucreries (tu sais des trucs de Noël...) et on regarde ça pendant 10 à 12 heures de temps, on est complètement dans l’esprit du film.

O. : Tu as un deuxième fils Richard...

K.S. : Oui Richard pour Wagner... Il a 28 ans et ils sont tous les deux avocats en Allemagne. Maxy finit actuellement ses études et Richard lui pratique déjà, donc Maxy cherchera du boulot l’année prochaine...

O. : Aiment-ils ta musique ?

K.S. : Non pas du tout ! Non ils écoutent des trucs à la mode et les Beastie Boys, complètement différents. Je ne les ai jamais obligés à écouter ma musique ou à se tourner vers une carrière musicale. Non, ils sont intéressés par la vente de mes disques, ils en donnent à leurs amis assez fièrement, en insistant bien sur le fait que c’est la musique de leur père !

O. : Hier nous avons discuté deux minutes avec des habitants de ce quartier d’Hambürhen, Oldau, pour leur demander exactement où était installée la maison. Quel rapport entretiens-tu avec eux ?

K.S. :  Pour eux je suis  « le Crazy Man in the Woods » ... Il y a dix ou vingt ans de ça j’allais au pub boire une bière avec eux, jouer aux cartes, mais depuis une quinzaine d’années ce n’est plus marrant car ils sont constamment bourrés et deviennent du coup assez primitifs (il grogne de la gorge et les imite en grimaçant...). Oui malheureusement l’esprit a changé, les gens n’ont plus d’argent mais par contre de plus en plus de problèmes et cela est dû à la banqueroute de l’Allemagne. Vraiment les temps changent, les gens deviennent de plus en plus individualistes, agressifs. J’ai d'ailleurs été choqué par ce qui s’est passé en novembre à Paris et en France, toutes ces voitures  brûlées, cet état d’urgence... C’est incroyable, c’est une révolution et c’est peut-être ce que devraient faire les allemands, mais ils n’ont pas le courage de le faire... Nous avons exactement les même soucis, les mêmes angoisses, mais eux sont là à se plaindre et ne passent pas à l’action... et moi je pense que votre lutte est un reste de votre « Révolution »... En Allemagne ils sont piègés par les banques, qui ne laissent aucun droit de découvert, les impôts qui sont très lourds. Il suffit que vous perdiez votre boulot pour passer d’une vie normale et tranquille à plus rien, aucun statut, aucune trace, rien. Un paria... et la révolte est légitime ! Mais tout cela s'est-il vraiment calmé ?

O. : Non cela semble étouffé mais c’est sans cesse à deux doigts de la rupture. Une étincelle, un mot, et tout peut exploser...

K.S. : Oui évidement, comme en Allemagne, le gouvernement passe un coup de peinture sur un truc pour lui donner un bon aspect, mais le bâtiment est pourri et lézardé, de la poudre aux yeux... Ils font passer des lois ou des trucs qui pourrait fâcher l’opinion pendant que l’équipe allemande joue. Durant les quarts de finale le Parlement a voté une augmentation des impôts de 19 %, mais merde d’où ça vient ça ? Les gens sont focalisés par les matchs et ils profitent que l’attention soit détournée pour nous enfiler par derrière...

O. : Oui, c’est comme sous la Rome antique, "du pain et des jeux" pour occuper le peuple et qu'il soit docile.

K.S. : Exactement pareil, on ne change pas une méthode qui marche...

O. : Des milliards de personnes suivent la coupe du monde, alors imagine le nombre de gens qui se font avoir... même des gens qui n’ont pas l’eau courante ont leur télé allumée, des pays ravagés par la guerre qui ne savent pas ce que leur réserve l’avenir...

K.S. : Oui... regarde les allemands se ruer pour acheter des places dans les stades pour 350 €, c’est l’équivalent du tiers de leur paye... L'important c'est le football...

S'asseoir et parler et profiter de la vie

O. : Bon je vois que le temps passe vite et nous ne voudrions pas que tu te mettes en retard pour ton travail de remasterisation. J’ai quelques questions précises de la part de Barrel Entertainement à te poser au sujet de Angst « Schizophrenia » …

C. : Moi je vais faire quelques photos du matériel et de vous Klaus, mais pourriez vous quitter le maillot de l’équipe de France ?

K.S. : Non pas question ! Je ne le quitte plus jusqu’à dimanche , le jour de la finale…  (Fou rire général). Je ne le lave pas, je ne le touche pas, je dors avec ! Dimanche prochain on gagne contre la France et je verrai alors ce que j’en fais.

O. : Si la France gagne tu vas le brûler de dépit j‘imagine.

K.S. : Non je respecte beaucoup votre équipe et ses membres... les allemands sont  tellement plus ternes... et l’Allemagne si  chiante.

O. : Oh non nous avons beaucoup aimé ce que nous en avons vu, le côté très propre des habitations, des rues, des villages... on se croirait transporté chez Playmobil ou Lego, le gazon est bien tondu, tout est à sa place...

K.S. : Lego country-land avec les gens statiques... Oh oui pendant quelques jours ça peut faire cet effet-là mais sérieux au bout d’un moment c’est pénible ! Vous êtes tellement mieux en France ! En plus, du côté de Bordeaux, prés de la mer... J’aime la France ! C’est pour ça que je porte le maillot ET j’aime l’Allemagne parce que nous allons gagner ! Oh non j’aime pas vraiment l’Allemagne...
Quand tu connais Aix-en-Provence... Oh c’est formidable ! Lorsque j’étais en tournée en France je me débrouillais toujours pour y passer un peu de temps, nous allions dans une auberge, un genre d’endroit où tu te sens tout à fait chez toi, le temps n’a plus de droit, tu prends un peu de rosé bien frais et un truc qui est comme du pâté, avec des cornichons en rondelles dessus, mais c’est pas du paté, c’est plus basique encore...

O. : des rillettes  ?

Elfi : Oui des rillettes c’est ça…

K.S. : Oui des rillettes ! Oh mon dieu, je donnerais tout pour y être. Mais tu ne peux pas travailler là-bas raisonnablement, c’est impossible. Tout est indolent, calme et on ne peut  pas bosser dans de tels endroits. C’est peut-être pour cela que les français là-bas ont l’air un peu feignants; mais je trouve que c’est normal. Dans le Sud de la France je ne sortirais pas un seul disque, je serais sans le sous mes amis et vous sans musique... Tout ce que l’on peut faire c’est s’asseoir et parler et profiter de la vie !
Faire de la création est difficile et par exemple avec cette chaleur actuellement je ne parviens pas à créer.

O. : Je bosse moi dans une cuisine où il y est fait très chaud et il est vrai que je ne me vois pas créer ou inventer, on ne peut qu'exécuter une tâche, la suivre et l’achever…

K.S. : Oui, tu sais dans ce studio il fait parfois 45° alors qu’à l’extérieur il fait 30°. C’est dû aux instruments, lorsque j’allume tout en même temps c’est comme une chaudière... au bout de deux trois jours où je les laisse branchés je tire la langue je t’assure. Tu sors ici et tu vas dans la salle de bains et tu perds 10° tu vois. D’ordinaire je compose un album assez rapidement mais laisse le studio tourner pendant deux trois semaines entières, que tout marche à plein régime et là c’est un vrai défi.
C'est aussi la raison pour laquelle je ne compose pas en été, je bosse sur des sons, je crée des ambiances avec un peu d’équipement, mais je n’allume pas tout en été.

O. : Merci Klaus pour tout ce temps que tu nous as accordé ! Avant de te laisser travailler, on souhaiterait que tu te prêtes au jeu des dédicaces. Michel et Christian ont améné avec eux les synthés qu’ils t’ont achetés et souhaiteraient que tu écrives queques mots dessus… es-tu d’accord ?

K.S. : Avec plaisir, mais il faut qu’ils me les amènent ici, je ne peux pas trop sortir... Autrement c'est avec joie que je serais allé jusque chez vous !

Klaus Schulze
Le jeu des dédicaces...

Klaus Schulze
To Michel from Klaus Schulze...

 
 
     
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Klaus Schulze, Marie, Olivier, Christian et Michel 
 
     
 
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